Jacques Lacarrière au Jardin des Plantes

Jacques Lacarrière et ses Natures
Mercredi 11 avril de 14h à 15h,

Au Jardin des plantes
amphithéâtre d’Anatomie comparée et Paléontologie,
place Valhubert
(entrée vers le mammouth).
75005 Paris
Métro lignes 5 et 10

L’écrivain Jacques Lacarrière a défendu un humanisme naturaliste qui le portait à regarder à travers les grilles du Jardin des Plantes, quand il n’était pas dans les îles grecques à mettre ses pas dans les pas de Tournefort. Aussi sera-t-il bienvenu en esprit dans le séminaire d’Antropozoologie du Muséum, où sera présenté Natures, livre fait de textes se rapportant au sujet, édité comme cahier n°3 de Chemins faisant.
François Poplin
Dans ce volume, les « Natures » de Jacques Lacarrière, multiformes, complexes, évidentes ou mystérieuses, étrangères ou familières. Préservées ou profanées.
On y trouve aussi un essai sur Maître Renart, on y croise le crapaud et son chant, la libellule, le serpent, etc. – Où il nous avoue un faible pour Félix le chat.

On éprouve souvent dans sa vie la nostalgie d’un ailleurs où vous attendraient – sans qu’on le sache ou le soupçonne – des joies mystérieuses et souveraines. L’Anguille, elle, incarne cette nostalgie et cet Ailleurs. Elle est la voyageuse de l’amour, l’Ariane qui me guide dans les labyrinthes de l’Océan. Et je suis toujours fidèle à Ariane.

Présentation François Poplin. Lectures, Gil Jouanard, Françoise Huart, Sylvia Lipa-Lacarrière.

Dans La Forêt des Songes

Le dernier livre de Jacques Lacarrière se passait… « Dans la forêt des songes »…

 » Bien que né sous le signe du Sagittaire, je n’ai jamais jusqu’à ce jour enfourché le moindre cheval ni revêtu la moindre armure pour défier en tournoi singulier quelque insolent rival. Si gente dame il m’est arrivé dans ma vie de conquérir de haute lutte, ce fut toujours sans cheval ni armure, ni pourfendeuse lance. Voilà qui devrait m’interdire ou du moins me décourager de me lancer en une époque comme la nôtre dans l’écriture d’un récit ou un roman de chevalerie. Je m’y hasarde cependant en précisant seulement que pour les raisons susdites, on ne trouvera dans ce livre ni cheval ni armure ni haume ni épée ni tournoi ni non plus d’insolent rival. Par contre, on y verra des vierges sages et d’autres folles, des monstres singuliers et des aventuriers, des grands veneurs et des stylites et même des hermaphrodites. Il y aura aussi des mandragores, des demoiselles de Numidie, peut-être même des tétras lyre et, sans doute, des arbres qui parlent. Et, enfin et surtout, une forêt, une vraie forêt qui s’étale, frissonne et murmure à deux pas de mon village et qu’on nomme Forêt d’Orient.

C’est à l’orée de cette forêt qu’Ancelot – chevalier sans cheval, paladin sans armure, pèlerin sans équipage – rencontre Thoustra, un perroquet ara, curieux de tout et légèrement dyslexique, avec lequel il va cheminer et croiser des êtres, figures, fantômes ou personnages surgis de différentes époques : un stylite sur sa colonne, une grue cendrée et bègue, le Grand Veneur d’une chasse fantastique, une ondine nymphomane, un androgyne transsexuel, une mère porteuse et vierge, et bien d’autres encore.

Une fable qui réinvente les chemins des chevaliers d’antan pour les situer au coeur du monde d’aujourd’hui.

Paris, Nil éditions, octobre 2005.

Une heure avec… Sylvia Lipa Lacarrière

Les Amis de la Bibliothèque municipale de Dijon vous invitent à la lecture de poèmes et textes de Jacques Lacarrière dans le cadre de : « Une heure avec… ».

Madame Sylvia Lipa Lacarrière, comédienne, épouse du grand écrivain, a bien voulu faire cette lecture alors que sort « A l’orée du pays fertile » (éditions Seghers), l’édition de l’oeuvre poétique complète de Jacques Lacarrière.

A l’occasion de cette lecture seront présentés au public des ouvrages de l’écrivain conservés à la Bibliothèque.

Jeudi 5 avril 2012 à 17h30
Bibliothèque municipale
Salle de l’Académie
5, rue de l’Ecole de Droit
(Porte H)

Témoignage de Daniel-Henri VINCENT :

J’ai eu la chance de rencontrer Jacques Lacarrière il y a une trentaine d’années.
Tout de suite il m’a semblé le connaître et le reconnaître. Un peu comme un Colas Breugnon, bon garçon, Bourguignon aux attaches icaunaises quoique né Limougeaud en 1925, rond de façons et de bedon, chaleureux comme on sait l’être en Bourgogne, avec la cordialité juste retenue, franche, souriante et pudique.
Jacques Lacarrière a eu l’enfance Orléanaise, et connut le tournant de la guerre, ce temps terrible où, selon son expression, « Les saules ne sont pas les seuls à pleurer ». Il se souvenait du « jardin de la rue du Parc », à Orléans, et de son tilleul où il se réfugiait, avec « des désirs de Loire » et « des parfums de Sologne1 » comme il le raconte dans Un jardin pour mémoire paru en 1999.
Puis ce furent les études à Paris, lettres classiques à la Sorbonne, droit et langues orientales. Il abandonna l’enseignement avant même de l’avoir commencé et se dit un jour : « Reste maintenant à découvrir le monde2 ». Parti pour l’Inde, il s’arrêta en Grèce où il multiplia les séjours, puis la Crète, le mont Athos, le monde antique et sa mythologie donnant en 1976 son ouvrage le plus célèbre, L’Été grec, au genre résolument nouveau « qui tenait de l’essai, du carnet de route, du poème en prose improvisé au rythme de la marche et du récit libéré de tous les codes formels3 » selon un critique du Monde. À défaut de pouvoir écouter Jacques Lacarrière dire son Été Grec, tel Hérodote sous les portiques de l’Agora d’Athènes, c’est sa voix qu’il faut s’efforcer d’entendre en le lisant car c’était un conteur, j’en témoigne. Il a dit merveilles à la DRAC au début des années quatre-vingt dans le cycle que nous avions organisé avec notamment Jean-Pierre Chabrol, Per-Jakez Hélias et Bernard Clavel.
Amoureux de la langue grecque, il traduisait aussi bien Sophocle (Antigone, par exemple) que les poètes grecs contemporains – tels Yannis Ritsos, Georges Séféris et bien d’autres – donnant ce magnifique spectacle, le Chant profond de la Grèce créé en français au Centre d’action culturelle du Creusot en 1982 avec, parmi les comédiens, Sylvia Lipa. Quelques uns s’en souviennent encore, à l’ombre du marteau-pilon ! Jacques Lacarrière, poète, écrivain, était aussi metteur en scène qui avait débuté, si je ne me trompe, avec l’Ajax de Sophocle au début des années soixante. Et Sylvia, avec Jean-Paul Roussillon, à la Comédie française dans Œdipe-Roi. Jacques et Sylvia étaient faits pour se rencontrer.
Jacques Lacarrière était à l’instar de Léon-Paul Fargue à Paris, le piéton du monde – principalement du monde méditerranéen, Grèce, Égypte, Syrie antiques et modernes, car il se sentait « enfant du soleil, de la chaleur, des pierres sèches et brûlées, de la mer tiède. 4» Il fut aussi, avec la maturité qui lui vint, fondamentalement, nécessairement, piéton de France. Il a tracé, Chemin faisant, la mémoire des routes – c’est le titre de la postface aux lecteurs de son ouvrage paru en 1977 – des Vosges au Roussillon. Non une divagation comme le dit l’éditeur, plutôt une sorte de pèlerinage intérieur de saint Jacques où seule l’anecdote est de hasard car la rencontre – avec la nature, les gens, l’histoire… – est nécessité. Et d’abord ce petit coin de Bourgogne, Sacy, qu’il retrouve, « minuscule finage entre quatre vallées, entre la Cure et le Serein » où, parmi les vignes, les forêts, les pierre jaunes et tendres, un jour, le sourire d’un vieillard qui l’a reconnu « après tant d’années de voyages et d’absence » lui a ouvert « toutes grandes les portes d’une enfance oubliée. 5» Et je peux vous dire que Jacques Lacarrière était heureux à Sacy et qu’il faisait partager son bonheur, généreusement, à tous ceux qu’il recevait, à ses amis.
Il partit pour mieux revenir, dans Chemin faisant comme dans la réalité, d’abord vers le Morvan, rude contrée, pour y trouver de rude gens que Jean-Marc Tingaud sut révéler derrière son objectif et qu’on a vu dans un bel ouvrage publié au Chêne. En Bourgogne, le cadre ordinaire de sa vie personnelle notamment depuis son mariage avec Sylvia Lipa en 1979, Jacques Lacarrière avait tissé un réseau d’amitiés qui faisait de lui un acteur discret, mais engagé, de la vie culturelle régionale – je pense, parmi d’autres aventures, à Tendre boucheries, avec l’Agence nationale de création rurale de Daniel Meiller en 1984-85, à laquelle Sylvia a participé activement. C’est toujours l’amitié en résonnance avec les lieux où souffle l’esprit (je saute dans le temps), qui lui fit écrire cette belle Lettre à Julius que Sylvia lut sous les voûtes de la Madeleine de Vézelay à l’occasion de la mort de Jules Roy en 2000.
Avec Marie d’Égypte, son premier roman en 1983, on peut évoquer, après la Grèce et la nature, le troisième versant de l’œuvre de Jacques Lacarrière dont Les Gnostiques et Les Hommes ivres de Dieu marquent, après Le Mont Athos, les premières méditations. Celles qui lui ont fait chercher quelque chose qui a à voir avec l’Infini, la Vérité et la Voie Lactée chère à Julius…
Jacques Lacarrière se résume ainsi dans ses Sourates : « La vie et l’écriture. L’amour et l’écriture. L’ailleurs et l’écriture. » Un grand écrivain, un poète subtil. Il s’est volontairement tenu à l’écart de ce que Roger Gouze appelait « le bazar des lettres ». Et n’en mérite que mieux, car il ne l’a nullement recherché, l’honneur que lui fit l’Académie française en lui attribuant son Grand prix pour l’ensemble de son œuvre en 1991. Cigale, il sut vivre de peu. Toute sa richesse d’humaniste libertaire était dans l’amour et l’amitié. Comme dans le verger et le potager de sa maison de Sacy, il a cultivé avec foi et générosité un jardin littéraire d’hérétique.
Nous allons le retrouver ce soir avec les textes que Sylvia Lipa-Lacarrière va nous donner, tirés de Natures et d’un ouvrage posthume, À l’orée du pays fertile, cinquante ans de « poèmes hors saison, des poèmes oraison », une anthologie qu’il avait conçue avant son dernier départ en 2005.

Daniel-Henri VINCENT
5 avril 2012

Exposition de Charlotte J. Charlot

Assolements l’Ame Enchantée Du samedi 2 au vendredi 29 juin Vernissage samedi 9 juin à 18h Lecture d’extraits du livre de Jacques Lacarrière Natures

Avec Guilène Ferré, Gil Jouanard, Sylvia Lipa-Lacarrière

11 rue St Etienne
89450 Vézelay
03 86 32 38 38

Ouvert tous les jours sauf le lundi : 10h -13h – 14h30 – 18h30

Touffes de langage ponctuations d’abeilles :
Le printemps grammairien conjugue les corolles.
Herbes et verbes s’épellent aux phonèmes des vents.
Sur le cahier du ciel des virgules d’oiseaux. Charlotte au pays des merveilles

Toile de fond de la chorégraphie planétaire, qui a fait de son animal favori, le ci-devant « être humain », son « premier sujet », la nature a tardé à remonter sur le devant de la scène iconographique. Les vieux Chinois de la haute époque lui avaient, en précurseurs très avancés, reconnu le statut que nos peintres « occidentaux » tardèrent à lui concéder.
Cela commença avec les primitifs italiens du Trecento et du Quattrocento, qui la firent, sinon remonter à la surface, du moins exister dans des arrière-plans sans cesse plus insistants. Puis vinrent étonnamment ces peintres flamands et hollandais, paradoxalement natifs de la société la plus « bourgeoise » des XVe et XVIe siècles, enchâssés dans un univers de boutiquiers, de drapiers, de négociants et d’usuriers, mais (est-ce par réaction vis-à-vis d’autant de mesquinerie ou du moins de pragmatisme ?) brusquement fascinés par ce que nous appelons aujourd’hui l’environnement.
Quand Bruegel peint la chute d’Icare, le mégalomane farfelu et suicidaire n’est plus qu’un « plouf », ignoré même se son « frère humain » qui lui survivra et, présentement, laboure un champ nourricier et si possible un peu lucratif. L’un et l’autre s’effacent, au sens propre pour l’un, au figuré pour l’autre, devant l’énorme, colossale et cependant délicate sérénité de ce que les humains d’autrefois transformèrent en « paysage », pour l’exploiter (car c’est au Néolithique que la nature sans entraves, cédant ses parts d’autonomie, se laissa domestiquer, comme un vulgaire auroch, comme un cheval qu’on eût cru indomptable ou comme un loup « caninisé »).
Ainsi le paysage entra dans notre conscience non plus seulement de façon machinale et négligente, mais appétissante autant que symbolique, au point d’accéder, dans l’art de la figuration picturale, au rang de « sujet », encore en retrait vis-à-vis des fantasmes religieux et de l’exhibitionnisme historique, ou encore de cette « figure humaine » qui, sacralisée ou couronnée, écrasa durablement le marché.
D’emblée les artistes accommodèrent leur regard et, selon le principe géo-optique du zoom, optèrent les uns pour le panorama ou la vue d’ensemble, les autres pour l’infime détail promu au grade de sujet principal, voire même unique.
Ici, la Lorraine ou la Toscane se mirent à occuper l’intégralité de l’espace circonscrit par la toile de lin tendue et clouée sur ses bords. Ce fut Claude Gellée, Friedrich, Gainsborough, Corot, là ce fut Chardin, Vermeer, Monet, Cézanne.
Charlotte Charlot se tient à mi chemin entre le grand angle et le téléobjectif. Comme Jean Henri Fabre, elle aime se rapprocher du sujet, à la feuille d’arbre ou à la tige d’herbe sauvage près ; comme Chateaubriand plongé au cœur de la forêt louisianaise, elle est aussi tentée de s’immerger dans cette immensité florale, botanique, ligneuse, fruitière, sylvestre. Entre sauvagerie végétale et jardin potager, elle n’hésite pas, elle déambule, d’un œil en constante situation d’accommodement.
Une de ses œuvres rend compte de cet état (plus encore que de cette « manière »), c’est en fait une photographie prise par elle-même, soudain surprise de rencontrer incidemment sa propre ombre projetée par un soleil sans concessions sur la surface qu’elle est en train de nourrir de ses visions arboricoles.
La photo nous donne à voir cette ombre inversant l’ordre naturel des choses. Car d’ordinaire, c’est l’ombre de l’arbre qui recouvre le rêveur contemplatif. Là, c’est l’ombre de la rêveuse qui recouvre l’arbre qu’il contemple et auquel il tente prioritairement d’octroyer la parole. La rêveuse, c’est le titre d’un air sublime composé sur la viole de gambe par Marin Marais. Elle est cette rêveuse. Elle couvre, on est tenté de supprimer ce « r » bien inutile, presque parasite, etd’écrire qu’elle couve le paysage, celui-ci étant ramené aux proportions d’un seul arbre.
L’arbre s’est isolé dans le regard de l’artiste. Il a cessé de n’être qu’une simple et anonyme composante du verger ou du bois, pour devenir le héros de cette aventure visuelle et onirique. Chacune de ses feuilles compte et s’offre à conter, à se raconter, elle et sa mémoire de feuille, sa mémoire d’ancien fruit, sa mémoire surgie de rien, de nulle part et de jamais. Ailleurs, on en verra, de ces feuilles, qui essaiment à travers un vallon qui part buter contre le soubresaut d’une arête granitique. Elles ne sont pas de pure figuration ; hallebardières de cette dramaturgie, elles s’emparent, chacune d’elles, de sa part d’autonomie, de son statut de sujet individuel. Charlotte ne se prive du reste pas de les couvrir d’or, ces feuilles qui tombent et tourbillonnent, emportées par le vent.
Ailleurs, l’or s’est converti en fleur de genêt ; il éclabousse la verdure des branches et des feuilles.
Quand il disparaît, c’est pour céder la place, toute la place, à la dentelle d’un feuillage touffu.
Il a plié bagage quand le pinceau de la capricieuse artiste (pareille à une abeille ou à un papillon qui butine au gré des vents, des odeurs, des couleurs et, bien sûr du hasard) s’envole en direction d’un fouillis végétal ou d’un délire de verts cédant aux voluptueuses sollicitations du camaïeu.
Accordant leur indépendance à toutes ces formes et ces couleurs, à ces sèves anarchiques et à ces silences remplis d’échos étouffés, Charlotte Charlot, à son insu, se peint elle-même de l’intérieur, s’effeuillant ici, se gorgeant de sève là, resplendissant au soleil, s’estompant derrière la brume, se faisant plus paysage que le paysage, plus absente que l’absence et plus présente, en même temps, que la présence. S’incarnant dans un effacement magistral autant que pudique.
Elle nous sollicite du côté où nous sommes nous-mêmes, à notre insu, faits de cette même matière qui fait la feuille et la fleur, le fruit et la branche, la tige et la racine, la terre et les étoiles. De la proximité, elle fait un ailleurs à la fois virtuel et concret. Une résidence principale du regard et de l’écoute et du toucher et de l’odorat ; mais aussi de la respiration. On regarde et se développent à leur rythme plénier la diastole et la systole de notre présence à tout cela, qui nous regarde à l’instant même où nous le regardons.
Elle nous fait être ce que nous voyons et, de la sorte, sans cesse davantage, devenir ce nous-mêmes, ce nous seul, anonyme et pourtant unique, qui attend depuis cinq milliards d’années de rejoindre la cellule originelle. De la beauté du monde elle fait notre véhicule, dont le carburant est cet air qu’elle nous fait respirer de tous nos yeux.

Gil Jouanard

Cluny, Les Natures de Jacques Lacarrière

Racontées en mots et en musique à partir de son ouvrage NaturesOù se croisent des poèmes de son recueil, A l’orée du pays fertile

Des poèmes hors saison, des poèmes oraison, des poèmes « ruraux », un hommage au monde naturel d’où nous avons surgi et dont nous avons oublié le langage…

Jardinier des nuages
Mes mots. Mes mots évaporés aux lèvres des nuages.
Mes mots, buée de langage. Je ne suis qu’embrun d’aile,
brouillon d’ange entre deux genèses. J’aime l’écume,
j’aime le vent, ce qui passe, ce qui s’efface à tout venant,
à tout moment. J’aime la paille échevelée, l’engoulevent ébouriffé,
l’épouvantail effiloché et l’écureuil effarouché. Je suis l’amant des libellules,
funambule entre deux voltiges, somnambule entre deux vertiges.
Chaque matin devant la mer, j’écoute l’aveu du rivage et le credo des goélands
et chaque soir, dans le grenier, le conciliabule des vents.
Folle abeille sur folle avoine, je butine les mots captifs dans les calices de l’été, mes mots-soucis, mes mots-pensées, mes mots
d’amant des libellules et de jardinier des nuages…

Natures
Des textes autour du thème de la nature. Ou plutôt de ses « Natures », multiformes, complexes, évidentes ou mystérieuses, étrangères ou familières. Préservées ou profanées.

Lecture Sylvia Lipa-Lacarrière, flûte Pierrette de Fauconval

vendredi 11 mai à 20h30,
Espace Ikonium,
27 rue du Merle,
Cluny (Bourgogne sud)

Bibracte entre chien et loup

Rencontre autour de « Cahiers Jacques Lacarrière » 3 Natures
Le 18 juillet à 20 heures
Musée de Bibracte, Mont Beuvray – 71990 St-Léger-sous-Beuvray

Oui, les arbres, il fut un temps où vous parliez avec la terre, avec le ciel, avec ceux qui savaient vous entendre et surtout vous comprendre. Il fut aussi un temps où les premiers, bien avant les dieux qui plus tard s’empressèrent de vous imiter, vous avez enseignez au monde la résurrection, en reverdissant chaque printemps.
Asile des oiseaux, abri des hôtes animaux, oratoire des souffles, concile de rumeurs, synode de ramures, vous êtes un univers vivant où, de l’obscure nymphose des racines, naîtront, s’élèveront tronc, sève et branches, naîtra, s’agrandira, se déploiera la grande main des frondaisons, sa paume ouverte sur le ciel. Les racines sont votre moi, le tronc votre communauté et parenté arboricoles, les frondaisons votre union avec l’immensité.
Non, vous n’êtes pas qu’en bois. Vous n’êtes pas de bois. Mais une image, une préfiguration de nous-mêmes, ébauche, esquisses, essai de forme, de substance : la sève n’est-elle pas comme un brouillon du sang ?

Des extraits du livre seront lus par Gil Jouanard, Sylvia Lipa-Lacarrière, Eloïse Vial
Renseignements sur le site du musée
ou par téléphone au 03 85 86 52 35

Le monde du kilim

Exposition du 8 septembre au 31 décembre 2012

Vernissage le samedi 8 septembre à 18 heures
Lecture le 22 décembre à 17h

Lecture sur des images d’Anatolie La Poussière du monde

par Sylvia Lipa-Lacarrière

Vézelay

A L’Ame Enchantée

…Les kilims : mémoires des mains féminines, mémoire tissée et retissée depuis des siècles. Le kilim est, avec les poteries, la preuve la plus ancienne et la plus remarquable de la pérennité des traditions anatoliennes. Il est au sens propre du terme le fil d’Ariane, le fil chatoyant par lequel une culture s’affirme unique, irremplaçable.
J.L.

Librairie l’Ame Enchantée, 11 rue St Etienne 89450
Ouvert tous les jours sauf lundi de 10h30 à 13h et de 14h30 à 18h30

Une des plus vieilles villes du monde, Catal Hühük dont le niveau le plus ancien date du VIIe millénaire avant J.-C., a été découverte en Anatolie. Dans cette ville, on a mis à jour des peintures murales représentant des motifs de kilims identiques à ceux que les femmes tissent encore aujourd’hui dans les villages alentours.

Au XIIIe siècle ce qui surgissait de la trame du métier, ce qui se formait et s’historiait à mesure qu’avançait le dessin, c’étaient des gestes cérémonieux, de grands appels figés montrant les terreurs d’antan mais aussi les espoirs de ces temps incertains, bras levés et tendus vers le ciel ou le sol pour faire venir la pluie ou pour chasser l’orage, pour écarter le loup ou attirer le buffle, féconder le ventre des femmes ou les entrailles de la terre. Tout cela avec des couleurs bistres, ocres, jaunes et rouges, palettes de ces terres rudimentaires qui venaient ici mêler leur limon à la laine pour y inscrire des talismans contre la mort.

Le kilim n’est pas un tapis à proprement parlé mais un tissage de basse lice fait de fils de trames et de fils de chaîne non noués. De toute évidence, ni le mot ni la chose ne sont d’origine turque et c’est pourquoi des principaux motifs des kilims – qui servent de tapis de prière mais aussi de tentures, de portières de tente, de sacs à blé – remontent aux stades les plus anciens de la culture anatolienne. Le principal, le plus courant de ces motifs est celui que l’on nomme « les mains sur les hanches ». Il représente – extrêmement stylisé – la silhouette d’une femme une main sur chaque hanche. Comme on trouve déjà cette silhouette sur les vieux vases anatoliens, on peut penser qu’elle représente la Terre-Mère et qu’elle symbolise la fécondité féminine. On trouve aussi parmi ces motifs anciens les « têtes d’oiseaux affrontés » ou « les têtes d’oiseaux tête-bêche », motifs qu’on surnomme en turc « les amoureux face à face » et « les amoureux fâchés ». Ce motif figure surtout sur les kilims destinés à la dot des jeunes mariés et signifie bonheur ou protection contre les disputes. Plus curieux et très poétiques sont les dessins d’empreintes : pas de loup, griffes de chat, pattes d’oiseaux. Ainsi que celui de l’Arbre de Vie qui vient de très loin lui aussi, peut-être même de l’Eden qui se trouvait, semble-t-il aux portes de l’Anatolie ! Selon les régions et selon les ethnies, quantités d’autres motifs virent le jour et s’ajoutèrent à ces premiers symboles traditionnels : l’étoile arménienne à huit branches, l’œil (contre le mauvais œil), la tête de taureau, les cornes de bélier, l’épi de blé, la rose, la tulipe (qui est une fleur originaire d’Anatolie), la svastika (croix gammée), la tente, le mihrab. Etudier, déchiffrer ces motifs souvent millénaires, c’est remonter aux sources mêmes du temps anatolien et c’est aussi effectuer un fabuleux voyage dans l’imaginaire des différentes ethnies. Bien que stylisées à l’extrême, ces figures disent bien par leur sujet l’univers quotidien de ceux qui les conçurent : loup, oiseaux, blé, fleurs, étoiles. Les kilims se haussent au niveau d’un monde héraldique, analogue à celui des armoiries et des blasons du Moyen Age, dans lequel s’imaginent à la fois un paysage, une flore, une faune, une histoire, et aussi des peurs et des désirs. On y lit la crainte de la mort, le désir de la fécondité ; On y lit – on y entend, dirais-je – des appels silencieux à la fertilité du sol, à celle du ventre féminin, à la protection des esprits et du ciel, à la complicité des végétaux, des animaux. C’est un univers austère et pauvre sur le plan matériel où l’abondance est toujours menacée et la famine toujours proche, mais dont la pauvreté est compensée par la richesse des symboles. De la rose aux étoiles et du loup au dragon, on a les emblèmes vitaux des communautés nomades d’Anatolie qui, à partir d’une simple toison animale, surent dresser contre le destin ces fils, ces réseaux, ces figures de protection et de lumière.
Jacques Lacarrière

Les kilims exposés proviennent de Kilims A.D.A La société ADA est la spécialiste des kilims et des arts décoratifs d’Anatolie. Elle accompagne souvent les spectacles autour de Jacques Lacarrière et la Turquie en assurant les décors. ADA est dirigée par Ahmet Diler et Marc-Antoine Gallice.

Déjeuner chez Vénus Khoury-Ghata

Une longue et belle amitié unissait Vénus Khoury-Ghata et Jacques Lacarrière qui se sont retrouvés à plusieurs occasions en poésie, notamment lors d’une soirée autour de Jacques à la Maison de la Poésie.

Sylvia Lacarrière est heureuse de faire revivre ce lien en disant les poèmes de Vénus au cours de cette émission de France Culture consacrée à cette grande voix libanaise de la poésie francophone.
A ne pas manquer.

Un documentaire de Valérie Marin La Meslée réalisé par Thomas Dutter.
France Culture
17h-18h Sur les Docks
mardi 6 novembre 2012

Les déjeuners de Vénus Khoury-Ghata, poétesse et romancière libanaise installée à Paris depuis quarante ans, signent singulièrement la vie littéraire parisienne. Ils réunissent informellement écrivains, poètes, éditeurs, critiques littéraires, artistes, conviés à déguster autant la compagnie que la cuisine entièrement élaborée par la maîtresse de maison. La maison de Vénus, à l’orée du Bois de Boulogne, vibre tout autrement avant et après ce partage. Loin du pays natal, Vénus Khoury-Ghata y construit une œuvre poétique, nourrie de l’arabe et donnée en Français, sur une enfance « au bord des larmes », un univers habité par ses chers disparus et les souvenirs d’un monde qu’elle sillonne inlassablement… Avec Vénus Khoury-Ghata, Yasmine Ghata, Jean-Noel Pancrazi, Yoshi Guitton, Stéphane Guillot, Georges-Olivier Châteaureynaud, René de Obaldia, Claire Julliard, Tahar Ben Jelloun, Isabelle Gallimard, Adonis. Et des textes de Vénus Khoury-Ghata lus par Sylvia Lipa-Lacarrière.

Soirée Algérie à la bibliothèque de La Châtre

Organisée à l’occasion des 50 ans de l’Indépendance de l’Algérie par la Bibliothèque de La Châtre
et en partenariat avec la Bibliothèque dépatementale de L’Indre (Conseil général de L’Indre).

Le Vendredi 30 Novembre 2012
à partir de 18h15
Au Château d’Ars
(à 4km de La Châtre, commune de Lourouer St Laurent lieu dit « Ars »)

18h15 : Lecture Interactive :
« Plaisirs et Saveurs, Mets et Mots du Maghreb »

Interprètes:
Sylvia Lacarrière, comédienne
Isabelle Yhuel, réalisatrice à France Culture, collaboratrice au magazine « Psychologies »
Florence Quentin, journaliste, écrivain, égyptologue, conférencière spécialiste Mythes et religions
Jean-Fançois Hécklé, comédien
Carol-Ann Willering, scénariste, metteur en scène, intervenue en 2011 pour le spectacle « Mystérieuse Agatha »
Florence Forsythe, comédienne (article NR 2011), intervenue en 2011 pour le spectacle « Mystérieuse Agatha »

Les lectures :
Imaginez-vous en train de préparer un repas maghrébin.
Les convives dont vous faites partis – vous les spectateurs – n’apportent pas une bouteille
à la maîtresse de maison, ni des fleurs comme il est de coutume en France.
Le présent, c’est vous qui allez le concocter, en participant à l’élaboration d’un menu littéraire.
De nombreux auteurs (Rachi Boumahdi , Nina Bouraoui, Driss Chraïbi, Mahi Binebine…)
ont inspiré nos « toques blanches », Sylvia Lacarrière (comédienne), Isabelle Yhuel
(réalisatrice à France Culture, collaboratrice au magazine « Psychologies »), Florence Quentin
(journaliste, écrivain, égyptologue, conférencière spécialiste Mythes et religions),
Jean-François Hecklé (comédien) et Florence Forsythe (comédienne) qui en un tour de main,
et munis de leurs livres sont heureux de vous faire entendre à travers leurs papilles, ce qu’ils ont
découvert des rites et des traditions culinaires du Maghreb.
Ce qui pimentera votre curiosité n’est-ce pas la loi du sel, la patience de la cuisinière,
le couscous clandestin….
Au cœur de ces rites, l’écrivain Isabelle Yhuel fait monter l’eau à la bouche
en nous communiquant son plaisir.
Ensemble, spectateurs et passeurs de mots, mettons-nous à table pour partager, hospitalité et
convivialité autour d’un repas littéraire où la nourriture du désir se mêle au désir de la nourriture…

19h30 : Buffet de spécialités du Maghreb
Par Salima Khelladi

20h30 : Lecture-Spectacle
« Passions d’Algérie »

d’après
Noces d’Albert CAMUS ( livres de Camus disponibles à La Châtre)
et Perennes de Tahar DJAOUT

Le Spectacle :
Rassembler dans un même élan deux écrivains algériens qui semblent si éloignés l’un de l’autre (ne serait-ce que dans le temps) peut surprendre?; deux écrivains qui ont marqué chacun à leur façon leur époque et qui, différemment, ont eu un destin tragique.
C’est pourtant le choix qu’a fait Jean-Paul SCHINTU pour nous donner à entendre le lien qu’ils entretiennent avec l’Algérie, la passion qu’ils éprouvent pour leur pays, mais aussi le désir de liberté et de révolte.

Jean-Paul Schintu, l’interprète, est né en Algérie, après avoir été élève au Conservatoire National Supérieur de Paris dans la classe d’Antoine Vitez, il devient d’abord acteur et metteur en scène, puis co-directeur du Théâtre de l’Escalier d’Or pendant huit ans. Il a interprété en 2010 au théàtre Maurice Sand de La Châtre « Le Premier homme » de Camus en partenariat avec la bibliothèque .
Il sera accompagné par Salem Amrane, guitariste d’origine berbère, spécialiste de la musique flamenca. Il puise son inspiration dans le luth arabe, le jazz, et la musique classique.

Tarifs :
5€ : La soirée avec 1 ou 2 spectacle sans le buffet
15€ : La soirée avec 1 ou 2 spectacle avec le buffet. Places limitées

Public Ados-Adultes
RESERVATION OBLIGATOIRE UNIQUEMENT POUR LA SOIREE AVEC BUFFET à la bibliothèque de La Châtre au 02 54 41 33 avant le 23 novembre.