La plus belle aventure du monde

Vivant en Bourgogne, mais voyageur infatigable, Jacques Lacarrière est sans conteste l’un de ceux qui connaissent le mieux le monachisme occidental et oriental. Ecrit pour l’exposition «Le monde de Citeaux, la Bourgogne fondatrice», ce texte propose une réflexion sur l’aventure cistercienne, en la rapprochant des grandes utopies sociales des XVIIIe et XIXe siècles.

Ce livre est une relecture de l’aventure de Cîteaux, non pour en relater les différentes étapes, mais pour tenter de comprendre les raisons de son rayonnement, la portée et le sens de son message, à l’époque où elle a pris naissance, mais aussi la signification qu’elle peut avoir pour les hommes et les femmes d’aujourd’hui et demain.

À la lumière de cette réflexion, Jacques Lacarrière examine rapidement d’autres tentatives de vie communautaire, restées à l’état de projet ou partiellement réalisées, au cours des siècles, et les causes de leur échec ou de leur réussite souvent éphémère.

L’aventure spirituelle collective est-elle encore possible dans les temps modernes ? Cette question est toujours d’actualité à l’aube du troisième millénaire.

Daniel Meiller

Editions ANCR, 1998, ISBN 2907376055
Editions Isolato, 2010, ISBN 9782354480202

Chemins d’écriture

« Chemins d’écriture est avant tout l’itinéraire autobiographique et littéraire de quelques-uns de mes voyages et des livres auxquels ils donnèrent naissance. Les uns comme les autres ont jalonné ma vie au point d’en être le plus souvent indissociables. Voyages à travers la France avec Chemin faisant, années grecques avec L’Eté grec, séjours dans les déserts d’Egypte.avec Les Hommes ivres de Dieu et Marie d’Egypte, en Tunisie avec Sourates et en Turquie avec La Poussière du monde.
Errance et écriture ont été – et sont toujours pour moi – les deux voies majeures menant vers toute rencontre avec les autres et vers toute connaissance de soi-même. Si errer, comme je le dis quelque part dans ce livre, c’est d’une certaine façon s’enraciner dans l’éphémère, écrire, c’est essayer de capturer cet éphémère afin de le fixer et l’enfermer dans la durée, c’est se vouloir et devenir oiseleur du Temps.
Chemins d’écriture est le journal de cette fragile et hasardeuse alliance. « 

Plon, 1988, 1991 et 2005
ISBN 978-2259202121

Ce que je dois à Aimé Césaire

Le Hasard, est-il besoin de le préciser, était notre seul maître et c’est Lui, j’en suis sûr, qui dirigea mes pas, un jour d’automne 1947, vers une librairie du Quartier latin où je découvris l’ouvrage d’un inconnu nommé Aimé Césaire, intitulé Cahier d’un retour au pays natal. Je me mis aussitôt à feuilleter le livre et sentis très vite en tout mon corps les mêmes effets que ceux d’une piqûre de guêpe, un jour de canicule : brûlure, rougeur et tremblement. La découverte du Cahier en cet automne 1947 eut un autre effet, moins irritant que celui d’une piqûre de guêpe mais bien plus radical : me révéler dès les premières pages les pouvoirs et les magies insoupçonnés de ma propre langue : ce n’était pas seulement un poème que je tenais entre mes mains, mais un texte de feu, un brasier, un brûlot

Bibliophane – Daniel Radford 2004
ISBN 978-2869700895

Le géographe des brindilles

Dans ce nouveau et savoureux recueil, l’auteur de L’Eté grec et de Chemin faisant nous emporte par sa qualité d’écriture, son humour, son appétence pour les mots, sa poésie délicate et sa culture singulière. Il nous entraîne dans Une forêt de signes où l’on respire Le parfum des légendes et où l’on écoute avec ravissement La cantate des chemins. L’Ode à mes amis les arbres, L’offertoire des vents ou L’homme qui voulut rencontrer le printemps sont autant d’agréables moments à passer en compagnie de celui qui fut aussi un arpenteur émerveillé des chemins et un attentif écrivain-voyageur nous emmenant avec délectation au pays des arganiers, dans sa Bourgogne ou sa Grèce tant aimée. Féru de botanique et de biologie, l’amoureux des jardins et des « jardineurs » savait errer dans les bois, discourir savamment sur Le privilège de l’abeille, la mémoire des Libellules ou la Sagesse serpentine, esquisser le portrait d’une vache, passer (au microscope !) Un été chez les Infusoires, déceler La mélancolie du géranium, s’inquiéter de La nostalgie de l’anguille ou réclamer Justice pour les Crapauds. La relation de Lacarrière avec la nature est, nous dit Gil Jouanard dans sa belle préface, celle « des nomades du Paléolithique qui habitaient le monde en le nommant »…

Textes réunis par Sylvia Lipa Lacarrière

HOZHONI EDITIONS 2018
ISBN 2372410474 

Nicosie zone morte

Jacques Lacarrière a visité le no man’s land séparant les parties turque et grecque de la capitale de Chypre, Nicosie. Il nous parle de cette rencontre avec l’ile dans son ouvrage, « Nicosie, zone morte »

Ruines donc. Ruines dues à la désertion autant qu’aux ravages des hommes et des chars. Ruines orphelines, en somme. Ces rues vides, ces façades bâillonnées, ces murs meurtris : un orphelinat pour fantômes. Les ruines, je les ai fréquentées jadis, lorsque j’étais adolescent et que la ville d’Orléans où j’habitais alors était bombardée chaque jour au moment de la Libération. Nous vivions au milieu d’une ville effondrée, à dégager ferrailles et charniers au point qu’en voyant des immeubles intacts, je me mettais machinalement à calculer le temps qu’il faudrait pour les déblayer ! Plus tard, j’étudierai les ruines antiques, les ruines augustes et solennelles, celles dont les fantômes sont à jamais disparus. Mais il n’existe pas d’archéologues pour les ruines d’hier et d’aujourd’hui, il n’existe que des témoins, des victimes et des bourreaux. Je ne pense pas seulement ici à la Zone morte de Nicosie, je pense aux ruines de Kaboul, de Grozny ou de Sarajevo, à celles de Jénine et de Gaza et, bien sûr, à celles d’Hiroshima. Je parle des ruines que notre monde accumule sans cesse autour de nous, des ruines d’aujourd’hui et de celles —inévitables— de demain, celles que les nationalismes en tous genres nous préparent encore de par le monde. Il me paraît normal qu’à Chypre le théâtre antique de Kourion ou le sanctuaire d’Aphrodite à Paphos —voire les vestiges des forteresses et des châteaux des Lusignan— soient des ruines renommées, admirées, visitées. Mais que des ruines soient aujourd’hui au cœur d’une ville moderne et vivante, qu’elles en nécrosent les jours et l’avenir, est-ce tolérable ? La guerre ici s’est seulement interrompue, muée en une permanente veillée d’armes qui dure depuis bientôt trente ans. Si bien qu’en ces rues et ces murs fantômes, on mesure la durée et l’ampleur du désastre à la hauteur des arbres. Sans doute est-ce pour cela que la Zone morte se nomme aussi par dérision la Ligne verte.

A Nicosie, la Buffer Zone, nous l’avons vu, se nomme aussi Zone morte ou Ligne verte. Mais cette zone-tampon s’étend bien au-delà de la ville et traverse la totalité de l’île depuis la baie de Famagouste à l’est jusqu’à celle de Morphou à l’ouest. Et là, elle n’a qu’un seul nom : Ligne Attila. Un nom bien mérité si l’on pense aux milliers de réfugiés chypriotes grecs contraints de quitter la zone nord en abandonnant leurs terres et leurs maisons : près de 200 000 selon les estimations de l’ONU. Attila : roi des Huns qui ravagea l’Orient et une grande partie de l’Occident au Vème siècle après J.C. Ligne Attila : tracé marquant la zone de sécurité séparant la partie occupée par les Turcs de la partie proprement chypriote, établi en fonction de l’emplacement des forces adverses le 30 juillet 1974.

Les combats cessèrent donc ce jour-là mais non la guerre qui continue simplement sous une autre forme. Il faut bien comprendre que si les Chypriotes, qu’ils soient grecs ou turcs ou, plus exactement, hellénophones ou turcophones. sont chez eux à Chypre depuis très longtemps, il n’en est pas de même pour les milliers de colons turcs transplantés depuis la Turquie toute proche. Il s’agit là d’une véritable colonisation pour créer un fait accompli et fournir le prétexte d’une éventuelle ou possible annexion de la zone nord par la Turquie. Heureusement, depuis ces derniers mois, le vent semble tourner dans le bon sens et favoriser la reprise des négociations entre les deux parties.

La déchirure qui continue de marquer l’île et de la traverser de part en part, déchirure qui est le fait exclusif des Turcs, soulignons-le bien, a quelque chose d’absurde et d’archaïque. Comme le fut, avant sa destruction, le sinistre Mur de Berlin. Dans la Pompéi nicosienne, le spectacle de ce décor fait de vide et d’absence mais où se perçoivent néanmoins les rumeurs étouffées des combats, est un spectacle véritablement schizophrénique. Voilà où mènent les nationalismes effrénés, les patriotismes infantiles : à transfonner les maisons en casemates, les toits en miradors, les murs en cimetières de sable et les fenêtres en horizons de barbelés !

Jacques Lacarrière

Editions Michel Houdiard 2003
ISBN 978-9608154278

Terres Mortes, Egypte, Palestine

De André Chevrillon, préface de Jacques Lacarrière, présentation de Jean-François Durand

Neveu et disciple de Taine, célèbre d’abord pour les essais qu’il aura consacrés à la littérature anglaise de son temps (Ruskin, Kipling), André Chevrillon (1863-1957) demeure essentiellement aujourd’hui grâce à son œuvre d’écrivain-voyageur, en laquelle une voix singulière, étrangement libre — à situer quelque part entre Chateaubriand et Malraux.
C’est à la suite de deux longs séjours au Proche-Orient (1892 et 1895-1896) qu’il rédige le livre que l’on considère comme son chef-d’œuvre : Terres mortes (1897), sans cesse réédité jusqu’à l’entre-deux guerres, devenu introuvable ensuite. À propos de cet ouvrage, où il nous livre sa vision la plus personnelle de l’Orient, Jean-Claude Berchet, qui le cite dans sa monumentale anthologie du « Voyage en Orient » (éd. R. Laffont, coll. « Bouquins », 1985) écrit : « C’est de loin la plus envoûtante évocation, en cette fin de siècle, du Mystère des Pharaons. »
Un mystère qui a encore à nous dire, à une époque où les hommes — au moins quelques-uns d’entre eux — rêvent de détruire les vestiges majeurs d’un passé qui donnait pourtant à l’Art cette mission première : aider l’homme dans son combat contre la Mort.

Editions Phébus, Paris, 2002
ISBN 9782859407865

Abécédaire du temps passé

« X /Z : Le zézaiement »

« Cette mère zélée à la robe zébrée a pour nom Zénobie. Zélatrice de sa rejetonne, elle écoute sa fille zézayer d’une voix zéphyrienne. Les fleurs rouges sont des zinnias, pas des ximenias, des xéranthèmes et encore moins des xérophytes « 

Editions G.P. Paris 1982
Annette Masset 2008
ISBN 9782917974018

Errances

Pour le numéro 7 de sa revue « Le Vagabond » l’éditeur et ami Christian Pirot fit halte à Sacy chez Jacques Lacarrière  « afin de concevoir et mettre au point les cheminements de ses errances ».  Achevée d’imprimer le 21 mars 1983, jour de printemps précise l’éditeur, cette livraison réunit une « table de désorientation », des Notes sur le Causse noir, la préface inédite au « Petit traité de la marche en plaine » de Gustave Roud, auteur qui figure parmi les « compagnons des chemins » (déjà). A lire aussi dans « Errances », les contributions de Gil Jouanard, Bernard Noël, Nicolas Bouvier, Gérard Chaliand, Charlotte Charlot pour ne citer qu’eux… Mais encore des poèmes de Jacques, un extrait de son Journal, et même sa rédaction écrite  l’âge de 8 ans et demi intitulée  « oberver un tilleul en automne » auquel il répond,  à l’âge de 55 ans par « Observer un homme en automne ». La conclusion est en forme de « J’aime j’aime pas », qui nous apprend que Lacarrière n’aime ni le lait, ni les villas « Sam Suffit », ni le calvados, ni le temps qui dort », mais « l’instant, le provisoire, le fugitif, le fragile, l’instable, l’éphémère. » Et dans le même volume figure un disque « Tunisie », « Désert », texte de et  lu par Sylvia Lipa, et « Sud » écrit et dit par Jacques Lacarrière.

Editions Christian Pirot 1983

Le Fil d’Ariane ou le jouer le jeu pour vivre le mythe

de Dominique-Jacqueline Féraud, préface de Jacques Lacarrière

Cet ouvrage est la réunion, dans un même coffret, d’un livret et d’un Jeu de l’Oie nouveau et traditionnel qui, tous deux, narrent l’histoire du héros Grec Thésée.

Un texte, donc, à lire en jouant… un jeu, à parcourir en lisant…

Le Jeu de l’Oie, dont l’origine remonte à l’Antiquité, à traversé les siècles pour venir jusqu’à nous. C’est sans nul doute son extraordinaire capacité de métamorphose et d’adaptation, selon les époques et les lieux ainsi que l’immuabilité de sa structure de base originelle – à savoir une spirale représentant l’espace et une succession de 63 cases symbolisant le temps – qui ont assuré sa pérennité.

Ipomée – Albin Michel 1994
ISBN 2226054723

Comme un bernard-l’hermite

De Jean-Jacques Moles, Charles-Henri Favrod, Jacques Lacarrière, Galerie municipale du Château d’eau

 » Je le nommerai : voyage au ralenti, flânerie, musardise. Il consiste à visiter le plus lentement possible êtres et choses, fréquenter patiemment leur histoire, s’immiscer posément dans leur vie intime.  » Il permet de  » se vider, se dénuder et, une fois vide et nu, s’emplir de saveurs et de savoirs nouveaux… Se sentir chez soi dans la coquille des autres. Comme un bernard-l’hermite. Mais un bernard-l’hermite planétaire.  » Jacques Lacarrière

Éditeur Subervie, 2002
ISBN 2911381564, 9782911381560