Rencontre avec Michaël Ferrier

Lauréat du second prix littéraire Jacques Lacarrière pour son livre Scrabble, paru aux éditions Mercure de France (2019) dans la collection Traits et Portraits.

Samedi 13 novembre 2021 à 19h
A la bibliothèque de l’Institut du Monde Arabe,
1 rue des Fossés-Saint-Bernard, Paris 5e 
(passe sanitaire obligatoire)

Présentation par Valérie Marin La Meslée
Lectures par Catherine Ferran, Sylvia Lipa Lacarrière, Elie Guillou…
La rencontre, d’une durée d’une heure, est suivie d’une séance de dédicaces et d’échanges avec Michaël Ferrier.

Le livre

Scrabble, une enfance tchadienne
C’est l’histoire d’une enfance au Tchad, à la fin des années 70, et de la fin de celle-ci, dans un pays extraordinairement beau, vibrant, palpitant. Mais voici que la guerre civile vient frapper à la porte de la maison du narrateur, un enfant, double de l’auteur
(la collection Traits et Portraits du Mercure de France, dirigée par Colette Fellous accueille des récits en forme d’autoportraits).
La première scène a pour décor la cour de la maison familiale, deux enfants y jouent au scrabble, tandis qu’au-dessus, des rapaces planent…

Michaël Ferrier portait ce livre en lui depuis longtemps, il y noue plusieurs fils fondateurs de son parcours : cette initiation africaine, « c’est ici que j’ai pris langue avec les bêtes et avec la terre, et ce négoce ne m’a jamais quitté » et, à travers elle, la découverte d’un rapport au monde qui passe par l’autre. « L’enfance s’ouvre comme une mangue », c’est le moment où l’on apprend à découvrir par les cinq sens. Cet état d’enfance se retrouve avec cette intensité dans une histoire d’amour et dans le geste artistique.

Le prix Jacques Lacarrière

Le prix littéraire Jacques Lacarrière distingue tous les deux ans un texte francophone de grande exigence littéraire, prolongeant l’esprit de l’écrivain. Il couronne l’auteur(e) d’un récit, roman, recueil de nouvelles, de poésie ou essai qui ouvre sur le monde sous le signe du partage. Un prix protéiforme, à l’image de l’œuvre laissée par Jacques Lacarrière.

Le jury

Le jury du prix est présidé par Valérie Marin La Meslée, auteure, journaliste littéraire au magazine Le Point.
Il est composé des membres suivants : Marie-Hélène Fraïssé, auteure et productrice à France Culture, Christian Garcin, écrivain, Sylvie Germain, écrivain, Élie Guillou, chanteur et poète, Sylvia Lipa Lacarrière, comédienne, déléguée artistique de l’association Chemins faisant, Anne Simon, auteure et chercheure en zoopoétique (directrice de recherche au CNRS), Jean-Luc Raharimanana, écrivain et Abdourahman Waberi, écrivain.

Voyage en Terre Humaine

Les 50 ans de la collection Terre Humaine

Du 15 février au 30 avril 2005 la Bibliothèque nationale de France fêtera, avec une exposition remarquable et un colloque international, les cinquante ans d’une collection mythique aux trois couleurs – rouge, orange et noir -, la collection Terre humaine, éditée chez Plon.

En 1955, Jean Malaurie, un chercheur aussi passionné et rêveur que rigoureux et exigeant, l’a fait naître. Ce même homme continue, depuis cinquante ans, à la faire exister, à la faire évoluer. Grâce à son formidable et très atypique travail d’éditeur et grâce aussi, bien sûr, à cette grande famille d’auteurs qu’il fait sienne et qui nourrit avec passion et talent une collection de 85 titres et 11 millions d’exemplaires vendus, dessinant une véritable « terre d’accueil » et une « Oasis d’humanité » dans la géographie littéraire de notre pays. La Bibliothèque d’Auxerre a donc voulu elle aussi fêter cet événement en invitant – avec ses partenaires le Ciné-Casino et la librairie « Obliques » – deux grandes figures du livre. Mais surtout en favorisant une double rencontre : celle entre Jean Malaurie et Jacques Lacarrière qu’on ne présente plus ici à Auxerre ; et celle entre le public et deux acteurs d’une extraordinaire aventure éditoriale, scientifique et humaine. L’un, Jean Malaurie, est un éminent chercheur, anthropo-géographe et compagnon des Inuits. Il a consacré cinquante ans de sa vie aux pierres des déserts arctiques et aux peuples premiers du Grand Nord. En 1955, il fonde Terre humaine avec son livre – qu’il qualifie lui-même de « véritable acte de résistance » – Les Derniers rois de Thulé. L’autre, Jacques Lacarrière, signe en 1976 avec L’été grec, une Grèce quotidienne de quatre mille ans, le 28eme titre de Terre humaine. Tout juste après le grand succès de librairie Le cheval d’orgueil de Pierre Jakez Hélias et juste avant Gaston Lucas serrurier d’Adélaïde Blasquez.

Alors, pour participer à une telle collection aux côtés d’auteurs comme Claude Lévi-Strauss, Robert Ballandier ou Jacques Soustelle, notre « jardinier des nuages », Jacques Lacarrière, celui qui lève la carte des rêves, cet arpenteur des territoires buissonniers, ce flâneur impénitent se serait-il métamorphosé en explorateur ou – peut-être bien pire à nos yeux – en anthropologue ou ethnologue ? A répondre oui, on aurait tout faux. Une fausse idée de la collection. Une fausse idée de ceux qui la font. Terre humaine est comme l’a voulue Jean Malaurie : « Ni intello, ni universitaire. Hors de toute idéologie, c’est une famille où écrivains, philosophes, paria, braqueur, ethnologues, mineur de fond, serrurier, voyageurs, détenus, métayers ou poètes s’interpellent en silence. Ce sont tous des compagnons de route, des caractères, avec une recherche intérieure. » En effet, dans Terre humaine, chaque ouvrage est un récit d’aventures. Chaque auteur – ou protagoniste – est l’aventurier de sa vie, qui dit « je », observe et met en récit une histoire. Une histoire singulière et universelle à la fois. Pourquoi ce titre Terre humaine ? Parce que c’est une collection unique où les auteurs appartiennent à la totalité des milieux. La seule collection où s’expriment côte à côte les plus grands comme les plus humbles, les plus célèbres comme les anonymes, les illettrés comme les savants, les ethnologues comme les chasseurs, le bigouden comme l’esquimau déraciné.Au cours de cette rencontre, c’est de cette aventure humaine partagée que nous parlera Jean Malaurie. Pour, en retour, partager avec le public auxerrois un peu « des tableaux infinis de la vie des hommes ».

Françoise Huart.

A l’occasion du cinquantenaire de la collection Terre humaine à la BNF, la bibliothèque municipale d’Auxerre accueille son fondateur et directeur Jean Malaurie pour une soirée exceptionnelle.

Auxerre Magazine 2005

Pour enfants … et pas seulement

Musique traditionnelle grecque 

Compagnie Gradisca
Loukia Chatzianastassiou (chant), Georges Nikolaïdis (flûtes traversière et à bec), Pantelis Terezakis (lyre crétoise, luth, guitare)

Enregistré à Thessalonique en juin 2005 – Produit à Paris par KDG 
Production sous l’égide de l’Unesco, de l’université de Paris IV Sorbonne, avec le concours du Patriarche œcuménique de Constantinople, Barthloméos le 1er, et le concours du Consulat général de Grèce à Paris

Texte de présentation de Jacques Lacarrière :

Parler de tradition en matière de chant et de musique, c’est parler avant tout de mémoire. Mémoire de temps souvent anciens, parfois même de temps premiers, mémoire aussi des lieux, des paysages, des coutumes qui, grâce au pouvoir particulier de la musique, deviennent porteurs d’une émotion souvent plus forte et plus durable que celle des textes écrits de leur temps, j’ai entendu à Rhodes il y a presque cinquante ans l’un des chants traditionnels de ce recueil, Thalassaki – La petite mer -, et en le réécoutant aujourd’hui j’ai ressenti avec la même intensité l’émotion et l’émerveillement éprouvés alors en découvrant que le chanteur – ou la chanteuse – tutoie la mer et lui parle comme à une amie et même à une sœur.
On s’est rarement demandé pour qui ces chants furent composés. Pour les berceuses, qui portent en grec le joli nom de nanourismata – de chants de nourrice – autrement dit, de chants nourriciers! – la réponse va de soi.Pour la plupart des autres, je répondrai : tout simplement pour nous, quelque soit leur lieu d’origine. Je pense plus particulièrement aux chants crétois qui par l’intensité, la virtuosité de leurs rythmes, ont un pouvoir et une portée qui va bien au-delà de la Crête et de ses luttes contre l’occupant ottoman. Il ne s’agit donc pas en succombant aux charmes et aux sirènes de cette anthologie de revenir ou de retomber en enfance mais bien au contraire de ressentir ou découvrir qu’on peut s’émerveiller à tous les moments de sa vie et qu’il n’y a pas d’âge pour tutoyer la mer !

Jacques Lacarrière

Les Milongas d’Antigone

Enregistré à la Comédie des champs-Elysées en juin 1994

Présentation de Jacques Lacarrière

Ici Antigone chante. Elle vient jusqu’à nous avec ses plaintes, ses cris et ses larmes chantées, allant bien au-delà du chant. Les choeurs des tragédies anciennes étaient interprétés à l’unisson ou à l’octave car la musique chorale antique ignorait la polyphonie. Ici, les choeurs d’Antigone sont aussi chantés mais, grande et belle inovation, les citoyens de Thèbes qui les composent, ces Thébains jetés au coeur de drames qui les dépassent, chantent sur des mélodies polyphoniques conçues par le Cuarteto Cedron, venu d’outre atlantique. C’est bien la première fois que deux continents et deux siècles aussi éloignés l’un de l’autre – la Grèce de Sophocle et l’Argentine de Juan Cedron – se retrouvent pour former le choeur d’Antigone. Alliance inattendue mais bénéfique car aux plaintes, aux colères, aux regrets d’Antigone, à ces cris, ces chants du monde ancien, elle insuffle les bouffées d’air du nouveau monde. On se rend compte alors que cette oeuvre Antigone, tout en étant de source purement grecque peut avoir des estuaires infinis et se mêler sans heurt et sans inconvenance aux apports d’une culture tout à fait moderne. Le chant de victoire qui ouvre la tragédie, l’hymne à l’homme qui la continue, l’hymne à l’amour qui le suit, les poignantes lamentations d’Antigone condamnée à mourir sans avoir rien connu de la vie ni de l’amour et le sombre inventaire des victimes de la folie et de la tyrannie des rois, cette ferme, lucide, impitoyable dénonciation de la violence et de la guerre se retrouvent ici, fortement, intensément portés par les voix solidaires du Cuarteto Cedron.

Chants d’Antigone, donc en ce disque et non chansons. Ne confondons pas ce qui vient du coeur et ce qui vient des lèvres. Ce qu’on entend clairement ici, c’est la voix d’une femme, ou plutôt d’une adolescente qui, la première eut le courage de dire non au au sacrilège et à la tyrannie et celles d’interprètes contemporains venus d’un pays où, il n’y a pas si longtemps, d’autres soeurs qu’on nommait «les folles de Mai» – réclamaient elles aussi le corps de leur frère disparu. Etrange et féconde coïncidence de l’Histoire ? En tout cas, de cette rencontre chargée de sens, sont nées ces noces somptueuses et musicales entre deux continents et entre deux époques.

Jacques Lacarrière

Bibracte : Echos du prix littéraire Jacques Lacarrière

 Le  Prix littéraire Jacques Lacarrière 

Le prix consiste en une résidence littéraire à Bibracte, agrémentée, pour l’édition 2020, d’une aide à la création de 3000 € (partagée à part égale entre Bibracte et la Bibliothèque de Saône et Loire) et de dotations en nature sous la forme d’une prise en charge des frais de séjours à Bibracte pour la durée de la résidence. Celle-ci (la première, qui s’est déroulée au cours de l’année 2021) a pour vocation d’offrir au lauréat un cadre de travail favorable à la création, dans un lieu patrimonial unique dédié à la recherche archéologique. 

En 2018, le Prix a été décerné à Jean-Luc Raharimanana, premier lauréat pour Revenir (Rivages).

Raharimanana et Bibracte

A la suite de la première résidence réalisée en 2019 par Jean-Luc Raharimanana au titre de la dotation qu’il a obtenue en tant que lauréat de la première édition du Prix littéraire Jacques Lacarrière, (organisé conjointement par Bibracte, l’association Chemins Faisant et la Bibliothèque départementale de Saône-et-Loire) deux résidences artistiques d’environ une semaine ont été accueillies à Bibracte en 2020, en lien direct avec la saison culturelle du musée. Jean -Luc Raharimanana a en effet tissé, confie-t-il,  des liens singuliers avec les arbres, les pierres, et le ciel du Mont-Beuvray.  Cette attraction  puissante de l’artiste  pour l’esprit des lieux  à généré plusieurs séjours durant l’année.  Une proposition  d’exposition  photos et textes a germé en février 2020,  bientôt enrichie d’un  recueil de poèmes.  Sur place, le projet d’une installation en 10 stations comportant 10 poèmes et des photographies de l’auteur s’est se dessiné, aboutissant  en fin d’année à « La Voix, le loin ». 

Installation : « La voix, le Loin »

Madagascar rencontre le Morvan,  l’installation débute ou se termine dans une tromba, cabane de transe de tradition malgache devenue lieu d’immersion dans un univers de sons et d’images. En Mars 2021,  une résidence de 10 jours avec Jean-Christophe Feldhandler,Vivien Trelcat, Yann Marquis,Vincent  Guibal et Max Lance autour du poète avait permis la création de la vidéo musicale installée dans la tromba 

Les mots de Jean-Luc :

« C’est une interrogation artistique, du fait de mes origines malgaches où la représentation n’est pas simplement une affaire d’artiste mais une implication directe du public aussi. Réinterroger l’espace du jeu, la circulation du regard et l’énergie de l’interprétation, réinventer le rapport au public. Un poète qui met en œuvre une installation texte/photo/vidéo/musique, qu’est-ce donc ? Quand les textes sont exposés sur d’inhabituels supports : des tôles rouillées, des trous d’arbres centenaires, des bâches sur le sol, des pupitres troués qui mangent les lettres…… Quand les photos empruntent à la peinture et au graphisme, quand les ombres profilent les narrations… Quand la vidéo ne représente pas mais suggère, quand la musique embarque dans des sons inattendus ou dans des mélanges de culture surprenants… Quel public crée-t-on ? Ou que crée le public à cet instant ? Qu’amène-t-il avec lui ? Que ramène-t-il ? C’est une étape mais aussi un instant rare et indépendant. (…) »

La Voix, le Loin

Quand la poésie se regarde
Le coeur de cette installation dans la forêt du mont Beuvray est la poésie. 
Le poète est un inventeur, un explorateur de formes, son art combine les sonorités, les rythmes, les mots, les images…
Raharimanana, l’auteur de ces poèmes,  a  choisi de les exposer, de les faire sortir du livre. L’ensemble de textes, se déploie en 10 stations de 10 poèmes composés en 10 temps (plan donné au musée).  
Le processus d’écriture est ainsi fait : un jour – un poème. 
100 journées – 100 poèmes…
Au levé, une musique en tête, des images – de là jaillissent les mots teintés de l’humeur du jour, traversés par l’actualité du monde et les émotions qu’elle suscite. L’ambiance du jour est parfois gaie, mélancolique, elle peut être violente. 
Il ne s’agit pas ici d’une proposition de lecture intégrale, le livre sera prochainement publié aux éditions Vents d’ailleurs. Le visiteur peut s’arrêter le temps d’un poème ou attraper des mots au passage. En cheminant, l’ombreux et l’étincelant se tissent, la frontière entre le songe et la réalité  est  indécise.
Eloïse Vial

Passation, d’un lauréat à l’autre

Au terme de sa résidence à Bibracte, Raharimanana, prix 2018, a croisé le lauréat du prix 2020, Michaël Ferrier

 Michaël Ferrier, lauréat de la seconde édition du prix littéraire Jacques Lacarrière en 2020, pour son roman Scrabble, (publié au Mercure de France) a été accueilli à Bibracte, le 11 août 2021, par Vincent Guichard, directeur général de Bibracte, Eloïse Vial, secrétaire du Prix, (photo) Jean-Luc Raharimanana et Sylvia Lipa-Lacarrière,comédienne et déléguée artistique de l’association Chemins faisant, partenaire de Bibracte pour l’organisation du prix. 

Balade littéraire sur le mont Beuvray

Happy Dreams Hotel

Théâtre Municipal Berthelot à Montreuil

Le regard à hauteur d’enfant puis d’adolescent, Aram Tastekin se livre avec délicatesse. Découvrant le coca ou fuguant à Antalya pour voir des femmes russes en vrai, il nous fait vivre de l’intérieur le quotidien d’un jeune homme kurde en Turquie. Ecrit et mis en scène par Élie Guillou, ami et connaisseur de la cause kurde, ce spectacle nous révèle pas à pas toute la complexité politique de son pays
et l’immense gourmandise de vivre de ses habitants.

Écriture et mise en scène : Élie Guillou
Avec : Aram Taştekin et Neşet Kutas – Assistante à la mise en scène : Noémie Régnaut Collaboration artistique : Cecilia Galli – Regard extérieur : Rachid Akbal
Production : Guillou Frères. Co-productions : Maison du conte (Chevilly Larue), Théâtre Antoine Vitez (Ivry), Compagnie le Temps de vivre – Festival Rumeurs Urbaines, Festival des arts du récit en Isère.
Soutiens : Département du Val de Marne (94), SACD, l’atelier des artistes en exil, Théâtre Berthelot – Jean Guerrin (Montreuil), Le Strapontin (Pont-Scorff).

Jeudi 7 octobre à 20 h 30
vendredi 8 octobre à 15 h et 20 h 30
et samedi 9 octobre à 20 h 30

Balade Sacyate

Exposition des photographies de Pascal Gabard

Les 18 et 19 septembre 2021 à Sacy

78 Grande Rue
Sacy
89270 Vermenton

Les rencontres du prix littéraire Jacques Lacarrière

Mercredi 11 août 2021, à partir de 18h (RDV au musée)

Michaël Ferrier, lauréat de la seconde édition du prix littéraire Jacques Lacarrière en 2020, pour son roman Scrabble, sera accueilli à Bibracte par Jean-Luc Raharimanana, lauréat 2018, auteur de l’installation La Voix, le Loin et Sylvia Lipa-Lacarrière, comédienne et déléguée artistique de l’association Chemins faisant, partenaire de Bibracte pour l’organisation du prix.

La soirée sera placée à la croisée des chemins et des influences : nous vous proposons d’écouter, tout en cheminant dans l’installation La Voix, le Loin, des lectures à trois voix des textes de Michaël Ferrier, de Jean-Luc Raharimanana et de Jacques Lacarrière et, au loin, sans doute un peu de musique.

RDV 18h00, au musée.
Montée en navette à la Pâture du couvent (site naturel et archéologique). Le parcours se fait en descendant vers le musée. En cas de mauvais temps, les lectures se feront au musée de Bibracte. Durée : 2h30

Lapidaire pour soprano, ténor, basse et orchestre

Poèmes extraits du recueil Lapidaire de Jacques Lacarrière

Le Lapidaire : « au Moyen-Âge, poésie didactique traitant des propriétés des pierres précieuses. »

La pierre, précieuse ou non, réceptacle d’une mémoire sans âge dans laquelle nous projetons une multitude de sensations, nous renvoie à une conscience d’être dans le rapport entre le temps du monde et celui de l’expérience humaine, succession d’instants éternellement recommencée.

La musique, que je voudrais avant tout émouvante, conjugue ces deux idées du temps. Absence de toute tentative de narration, de tout discours psychologique, de tout regard sur soi, mais prolifération d’incises, de rythmes, d’intervalles porteurs de sens, de modes à modulation continue, de contractions et dilatations de la pulsation, d’agrégations sonores libérées de toute référence à une technique rédactionnelle précise, formant une complexité évoquant celle du monde minéral.

La voix, par ses métamorphoses, creuse des glyphes dans le tissu orchestral, la récitante nous fait, quant à elle, vivre l’immense poésie de ces textes.

Le recueil de poèmes, Lapidaire, de Jacques Lacarrière, a cette faculté extraordinaire de nous donner l’illusion de participer de la nature dans sa globalité, en nous faisant découvrir comment les pierres portent les stigmates d’un temps cosmique, les signes de l’histoire du monde. Lente transformation géologique, avec ses secousses, ses déchirements, ses violences et ses beautés toujours renouvelées, de la gangue au cristal, de l’amorphe à la perfection géométrique, des ténèbres à la lumière, de l’opaque au diaphane, image grandiose, patiente, terrifiante ou réconfortante, d’une téléologie peut-être lumineuse.

Écrite pour la tessiture hors du commun d’une basse-sopraniste, cette œuvre peut aussi être exécutée par un soprano dramatique, un ténor lyrique et une basse, les trois voix se répartissant la partie vocale d’origine.

Michel Sendrez


HERCYNITE
J’aime ton mot de nuit et ton nom
d’avant l’homme quand, infante, la terre
s’apprêta aux sacres des volcans.
Pavane des soleils. Cantates des calcaires.
En toi dort et attend, chrysalide, le temps.

HERTZINITA
Maite dut zure gau hitza
eta gizonaren aitzineko zure izena,
Lurra, infantea, sumendietako
sakreetarako apailatu zenean.
Eguzkien pabana. Kareharrien kantatak.
Krisalida bezala, zure baitan lo eta
aiduru dago, denbora.

TANTALITE
Il te fallait ce nom de nuit, ce nom primal
et ce geste au désir des cristaux.
Ce nom qui dit la faim figée des gemmes.
Et leur soif de lumière absente.
De soleil clos.

TANTALITEA
Gau izen hori behar zenuen, hastapeneko
izen hori
kristalen desioari geldirik doakion jestu
hori.
Harribitxien gose izoztua derasan izena.
Eta haïen argigabearen egarria. Eguzki
hetsiarena.

HEMATITE
Parcelle refroidie du premier monde.
Pupille de l’ancien des siècles.
Détient, retient toujours en elle,
le ciel noir d’avant la création du jour.

HEMATITEA
Lehen munduaren lursail hoztua.
Mendeetako behialakoaren umezurtza.
Edukitzen du, beti bere baitan gordetzen,
Egunsentiaren aitzineko zeru beltza.

RUTILE
Sang séché. Fièvre figée du feu.
Gisant des clairs filons où ton destin s’éploie.
Oui. Gisant aux mains jointes des ères.
Toi, le glas du soleil, le tocsin des calcaires.

ERRUTILOA
Odol lehortua. Suaren sukar hormatua.
Zure halabehatra hedatuz doan
zain gardenetarik datza.
Bai, Aroen esku bilduetaraino datza.
Zu, eguzkiaren hil zeinu, karcharrien
deiadar,

AMIANTE
Vestale des brasiers, amante des fournaises,
tu rafraichis le cœur des plus chaudes étoiles.
Vêture inadurante des âmes
où couvent encore les cendres des voyants.

AMIANTOA
Su bizien Zaindari aratza, labetegien
amorantea
freskatzen duzu izar beroenen bihotza,
arimen bestimendu gar eta su gabekoa
zara,
non igarleen hautsak oraino kaïdan baitira.

AGATE
Sur les yeux clos des ères, les cernes de la terre.
Remords du feu. Pleurs et fleurs des silices
aux calices des laves.
Méandres de la mémoire éteinte des volcans.
Ocelles. Ocelles irisés.
Du temps qui nous regarde.

AGATA
Aroen begi hetsien gainemn, lurraren
betondoak.
Suaren urrikiak, Laben suamuetan
mugerren negar eta loreak.
Garmendien oroitmen itzaliaren
Inguru-minguruak.
Begi-orbanak.
Begi-orban hortzadartuak.
Behatzen gaituen denborarenak

Jacques Lacarrière entre la France et le Monde

Texte de Jordan Plevnes pour un projet de film documentaire intitulé Jacques Lacarrière entre la France et le Monde, en 1990.

L’Œuvre de Jacques Lacarrière peut au premier abord sembler déconcertante. Elle comprend en effet des genres très différents : essais, romans, poèmes et surtout récits de voyage traitant de thèmes spécifiques qu’on retrouvera tout au long des années : nature, spiritualité, voyages. Rencontres de l’autre et de l’ailleurs, principalement dans les Balkans et la Méditerranée orientale et ce, depuis un demi-siècle. Ayant longtemps séjourné dans ces pays et principalement en Grèce, il n’a cessé d’exercer. Comme écrivain mais aussi comme traducteur, une activité de passeur de rives (qu’il tient pour la première étape nécessaire avant de devenir passeur de rêves). Il a traduit aussi bien le grec ancien, (ses traductions d’Antigoned’ŒdipeRoi et d’Œdipe à Colone ont été montées à de multiples reprises notamment. Par la Comédie Française ainsi qu’à l’étranger) que le grec moderne où il a fait connaître en France les principaux poètes et prosateurs de la Grèce d’aujourd’hui. C’est surtout ce dernier aspect – passeur de rives, passeur de rêves – que nous souhaitons montrer ici car Jacques Lacarrière n’a pas limité son œuvre à ses seuls livres ou à ses traductions mais s’est très souvent solidarisé avec les différents créateurs de ces pays qui ont connu l’exil, la prison et des heures difficiles. Cette présence, cette solidarité, ce compagnonnage seront évoqués sur les lieux mêmes à partir de trois livres marquants qui nous transportent au cœur de ces rencontres et de ces terres : Les Gnostiques où, sous le titre : la pureté des montagnes figure le récit de ses voyages en Bosnie-Herzégovine en 1957-1960 et sa quête des derniers vestiges des Bogomiles, ancêtres des Cathares occitans : l’Été grec, son livre le plus connu où il révèle une Grèce de quarante siècles toujours vivante et créatrice, depuis Homère jusqu’à Séféris, le poète du premier prix Nobel de la Grèce en 1963, à travers des lieux inspirés et hantés, des textes méconnus et des rencontres buissonnières et La poussière du monde, l’un de ses derniers livres, récit romancé des errances d’un mystique et poète soufi à travers l’Anatolie XIII siècle.

L’intérêt de ces trois œuvres n’est pas uniquement littéraire. Toutes trois traitent à leur façon de problèmes tout à fait actuels car l’auteur n’a jamais senti ni voulu de rupture entre le plus lointain passé et la réalité la plus contemporaine. Aussi, pour définir d’entrée de jeu les intentions de ce projet, disons qu’il s’agit de retracer le parcours d’un écrivain et d’un voyageur qui, loin de se contenter d’écrire, n’a cessé d’être traversé pendant toutes ces années parles ‘questions et les aspects les plus sensibles de ces lieux, qui n’a cessé d’aller pas à pas, au sens propre du mot, – car les pays concernés furent pour lui autant de longues marches – au cœur de leurs paysages et de leurs créations. Aux paysages de Bourgogne où il vit maintenant et à ceux du Val de Loire où il grandit se mêleront donc, d’horizons fraternels ceux qu’il a élus depuis toujours au-delà de ses propres frontières comme autant de patries réelles et successives : montagnes de Bosnie, îles grecques (il vécut près de trois ans dans l’île de Patmos) et steppes anatoliennes. Avec les lieux, villes et villages concernés : Bogomila, Pocitej, Epidaure, Patmos, Delphes, Galaxidi, Konya, Bektasi. Istambul. Et avec eux, les écrivains, musiciens et créateurs contemporains qu’il a connus.

Ici, les mots rencontrent les êtres vivants et les images retrouvent les lieux dont elles furent ou dont elles sont le chant. Un chant d’images, des portraits vivants. Et des chemins dont le sens a toujours été pour l’auteur de relier entre eux les gens de l’Ailleurs- et ceux de l’Ici, rendre proches tous les lointains.

Ce film se propose de retracer l’histoire d’une curiosité, le cheminement d’un appel, celui de l’ailleurs et de l’autre. En tout voyage il y a d’abord le premier pas et le premier pas de Jacques Lacarrière a été en direction de la Loire, le plus sauvage et le moins docile de nos fleuves la Loire au bord de laquelle il a passé son enfance et toute son adolescence. C’est là de toute évidence, que tout a commencé, qu’a jailli la première étincelle – précisément décrite dans son dernier livre Un jardin pour mémoire – qui motivera et scellera le destin de l’écrivain pour toutes les années à venir.

Seules les hérésies font avancer la vérité

Après le premier pas, le grand saut. La Bosnie, appelée encore à cette époque Bosnie-Herzégovine – terreau de la gnose et de l’hérésie. Nous suivrons Jacques Lacarrière le long des chemins et des montagnes peuplés jadis par les Bogomiles, ces ancêtres des cathares occitans, et au cœur des lieux qu’il fréquenta alors, comme le village de Pocitelj. De cette histoire grandiose et tragique – qui se termina dans le sang comme celle des Cathares – reste-t-il quelque chose encore aujourd’hui, en reste-t-il des braises encore actives ou simplement des cendres ? Tel sera le propos de cette séquence et des questions qu’elle posera car c’est là en ces années de l’immédiate après-guerre, que l’écrivain acquiert la conviction que seules les hérésies font avancer la vérité.

En Grèce, la mémoire ne vieillit pas d’une seconde par siècle

Troisième étape de ce périple, la Grèce, pays où l’écrivain s’est totalement investi pendant plusieurs années, s’enivrant du vertige des mythes, des mots, des sons, des odeurs, de tous les éléments. Et aussi de toutes les rencontres réelles ou féériques. Comme dans les montagnes de Bosnie, une part de Jacques Lacarrière appartient au monde des pierres et du soleil, au monde d’Épidaure, de Delphes. Mais quel est donc le lien subtil que relie Pocitej à Patmos, par exemple, cette file du Dodécanèse où l’auteur passa près de trois ans ? Question qui à ses yeux en appelle une autre, plus vaste et plus essentielle : comment se fait-il qu’en Grèce la mémoire ne vieillisse pas d’une seconde par siècle ? 

Ce monde n’appartient à personne

Quatrième volet de ce voyage à travers les pays et les livres : la Turquie. Les steppes anatoliennes où s’inscrit encore la poussière du monde. Bosnie, Grèce, Cappadoce : qu’y-a-t-il de commun entre ces trois lieux et quelle quête mènera l’auteur entre la ville sainte de Konya et ce village de Bektasi, où enseigna l’un des maîtres soufis décrit dans La poussière du monde ? Entre les poèmes et les chants soufis et les montagnes d’Anatolie, l’écrivain posera la troisième pierre qui balisera ce parcours, en reliant à nos préoccupations d’aujourd’hui et nos interrogations sur le monde celles de ceux qui jadis le peuplèrent et surtout l’éclairèrent, dont la réponse pourrait se résumer par ce vers du poète mystique Yunus Emré : ce monde n’appartient à personne.

Trois pays différents et, en ces trois pays deux ou trois lieux eux-mêmes différents. Trois mondes qui jadis se combattirent ou s’exclurent mais qui se rencontrent ici, à travers la quête et les récits de l’auteur, la voix du poète de l’errant du passeur de rêves :

Une œuvre où toutes les voix du monde deviennent ici le monde d’une voix.

Jordan PLEVNES

Ce film (52″), documentaire de création va nous mener sur les routes de la mémoire, aussi bien intime qu’historique, aussi bien orientale qu’occidentale, aussi bien solitaire qu’ouverte vers les deux pôles de l’infini : l’oubli et l’éternité. Il va se dérouler comme une forme de pèlerinage sur les lieux des sou-venirs et des fascinations qui vont marquer les chemins d’écriture de Jacques Lacarrière.
Avec la participation de Laurent Terzieff et Sylvia Lipa, interprètes des textes de Jacques Lacarrière
Cameraman : Jean-Michel Papazian
Auteur : Jacques Lacarrière
Réalisateur : Jordan Plevnes.