Lapidaire pour soprano, ténor, basse et orchestre

Poèmes extraits du recueil Lapidaire de Jacques Lacarrière

Le Lapidaire : « au Moyen-Âge, poésie didactique traitant des propriétés des pierres précieuses. »

La pierre, précieuse ou non, réceptacle d’une mémoire sans âge dans laquelle nous projetons une multitude de sensations, nous renvoie à une conscience d’être dans le rapport entre le temps du monde et celui de l’expérience humaine, succession d’instants éternellement recommencée.

La musique, que je voudrais avant tout émouvante, conjugue ces deux idées du temps. Absence de toute tentative de narration, de tout discours psychologique, de tout regard sur soi, mais prolifération d’incises, de rythmes, d’intervalles porteurs de sens, de modes à modulation continue, de contractions et dilatations de la pulsation, d’agrégations sonores libérées de toute référence à une technique rédactionnelle précise, formant une complexité évoquant celle du monde minéral.

La voix, par ses métamorphoses, creuse des glyphes dans le tissu orchestral, la récitante nous fait, quant à elle, vivre l’immense poésie de ces textes.

Le recueil de poèmes, Lapidaire, de Jacques Lacarrière, a cette faculté extraordinaire de nous donner l’illusion de participer de la nature dans sa globalité, en nous faisant découvrir comment les pierres portent les stigmates d’un temps cosmique, les signes de l’histoire du monde. Lente transformation géologique, avec ses secousses, ses déchirements, ses violences et ses beautés toujours renouvelées, de la gangue au cristal, de l’amorphe à la perfection géométrique, des ténèbres à la lumière, de l’opaque au diaphane, image grandiose, patiente, terrifiante ou réconfortante, d’une téléologie peut-être lumineuse.

Écrite pour la tessiture hors du commun d’une basse-sopraniste, cette œuvre peut aussi être exécutée par un soprano dramatique, un ténor lyrique et une basse, les trois voix se répartissant la partie vocale d’origine.

Michel Sendrez


HERCYNITE
J’aime ton mot de nuit et ton nom
d’avant l’homme quand, infante, la terre
s’apprêta aux sacres des volcans.
Pavane des soleils. Cantates des calcaires.
En toi dort et attend, chrysalide, le temps.

HERTZINITA
Maite dut zure gau hitza
eta gizonaren aitzineko zure izena,
Lurra, infantea, sumendietako
sakreetarako apailatu zenean.
Eguzkien pabana. Kareharrien kantatak.
Krisalida bezala, zure baitan lo eta
aiduru dago, denbora.

TANTALITE
Il te fallait ce nom de nuit, ce nom primal
et ce geste au désir des cristaux.
Ce nom qui dit la faim figée des gemmes.
Et leur soif de lumière absente.
De soleil clos.

TANTALITEA
Gau izen hori behar zenuen, hastapeneko
izen hori
kristalen desioari geldirik doakion jestu
hori.
Harribitxien gose izoztua derasan izena.
Eta haïen argigabearen egarria. Eguzki
hetsiarena.

HEMATITE
Parcelle refroidie du premier monde.
Pupille de l’ancien des siècles.
Détient, retient toujours en elle,
le ciel noir d’avant la création du jour.

HEMATITEA
Lehen munduaren lursail hoztua.
Mendeetako behialakoaren umezurtza.
Edukitzen du, beti bere baitan gordetzen,
Egunsentiaren aitzineko zeru beltza.

RUTILE
Sang séché. Fièvre figée du feu.
Gisant des clairs filons où ton destin s’éploie.
Oui. Gisant aux mains jointes des ères.
Toi, le glas du soleil, le tocsin des calcaires.

ERRUTILOA
Odol lehortua. Suaren sukar hormatua.
Zure halabehatra hedatuz doan
zain gardenetarik datza.
Bai, Aroen esku bilduetaraino datza.
Zu, eguzkiaren hil zeinu, karcharrien
deiadar,

AMIANTE
Vestale des brasiers, amante des fournaises,
tu rafraichis le cœur des plus chaudes étoiles.
Vêture inadurante des âmes
où couvent encore les cendres des voyants.

AMIANTOA
Su bizien Zaindari aratza, labetegien
amorantea
freskatzen duzu izar beroenen bihotza,
arimen bestimendu gar eta su gabekoa
zara,
non igarleen hautsak oraino kaïdan baitira.

AGATE
Sur les yeux clos des ères, les cernes de la terre.
Remords du feu. Pleurs et fleurs des silices
aux calices des laves.
Méandres de la mémoire éteinte des volcans.
Ocelles. Ocelles irisés.
Du temps qui nous regarde.

AGATA
Aroen begi hetsien gainemn, lurraren
betondoak.
Suaren urrikiak, Laben suamuetan
mugerren negar eta loreak.
Garmendien oroitmen itzaliaren
Inguru-minguruak.
Begi-orbanak.
Begi-orban hortzadartuak.
Behatzen gaituen denborarenak

Jacques Lacarrière entre la France et le Monde

Texte de Jordan Plevnes pour un projet de film documentaire intitulé Jacques Lacarrière entre la France et le Monde, en 1990.

L’Œuvre de Jacques Lacarrière peut au premier abord sembler déconcertante. Elle comprend en effet des genres très différents : essais, romans, poèmes et surtout récits de voyage traitant de thèmes spécifiques qu’on retrouvera tout au long des années : nature, spiritualité, voyages. Rencontres de l’autre et de l’ailleurs, principalement dans les Balkans et la Méditerranée orientale et ce, depuis un demi-siècle. Ayant longtemps séjourné dans ces pays et principalement en Grèce, il n’a cessé d’exercer. Comme écrivain mais aussi comme traducteur, une activité de passeur de rives (qu’il tient pour la première étape nécessaire avant de devenir passeur de rêves). Il a traduit aussi bien le grec ancien, (ses traductions d’Antigoned’ŒdipeRoi et d’Œdipe à Colone ont été montées à de multiples reprises notamment. Par la Comédie Française ainsi qu’à l’étranger) que le grec moderne où il a fait connaître en France les principaux poètes et prosateurs de la Grèce d’aujourd’hui. C’est surtout ce dernier aspect – passeur de rives, passeur de rêves – que nous souhaitons montrer ici car Jacques Lacarrière n’a pas limité son œuvre à ses seuls livres ou à ses traductions mais s’est très souvent solidarisé avec les différents créateurs de ces pays qui ont connu l’exil, la prison et des heures difficiles. Cette présence, cette solidarité, ce compagnonnage seront évoqués sur les lieux mêmes à partir de trois livres marquants qui nous transportent au cœur de ces rencontres et de ces terres : Les Gnostiques où, sous le titre : la pureté des montagnes figure le récit de ses voyages en Bosnie-Herzégovine en 1957-1960 et sa quête des derniers vestiges des Bogomiles, ancêtres des Cathares occitans : l’Été grec, son livre le plus connu où il révèle une Grèce de quarante siècles toujours vivante et créatrice, depuis Homère jusqu’à Séféris, le poète du premier prix Nobel de la Grèce en 1963, à travers des lieux inspirés et hantés, des textes méconnus et des rencontres buissonnières et La poussière du monde, l’un de ses derniers livres, récit romancé des errances d’un mystique et poète soufi à travers l’Anatolie XIII siècle.

L’intérêt de ces trois œuvres n’est pas uniquement littéraire. Toutes trois traitent à leur façon de problèmes tout à fait actuels car l’auteur n’a jamais senti ni voulu de rupture entre le plus lointain passé et la réalité la plus contemporaine. Aussi, pour définir d’entrée de jeu les intentions de ce projet, disons qu’il s’agit de retracer le parcours d’un écrivain et d’un voyageur qui, loin de se contenter d’écrire, n’a cessé d’être traversé pendant toutes ces années parles ‘questions et les aspects les plus sensibles de ces lieux, qui n’a cessé d’aller pas à pas, au sens propre du mot, – car les pays concernés furent pour lui autant de longues marches – au cœur de leurs paysages et de leurs créations. Aux paysages de Bourgogne où il vit maintenant et à ceux du Val de Loire où il grandit se mêleront donc, d’horizons fraternels ceux qu’il a élus depuis toujours au-delà de ses propres frontières comme autant de patries réelles et successives : montagnes de Bosnie, îles grecques (il vécut près de trois ans dans l’île de Patmos) et steppes anatoliennes. Avec les lieux, villes et villages concernés : Bogomila, Pocitej, Epidaure, Patmos, Delphes, Galaxidi, Konya, Bektasi. Istambul. Et avec eux, les écrivains, musiciens et créateurs contemporains qu’il a connus.

Ici, les mots rencontrent les êtres vivants et les images retrouvent les lieux dont elles furent ou dont elles sont le chant. Un chant d’images, des portraits vivants. Et des chemins dont le sens a toujours été pour l’auteur de relier entre eux les gens de l’Ailleurs- et ceux de l’Ici, rendre proches tous les lointains.

Ce film se propose de retracer l’histoire d’une curiosité, le cheminement d’un appel, celui de l’ailleurs et de l’autre. En tout voyage il y a d’abord le premier pas et le premier pas de Jacques Lacarrière a été en direction de la Loire, le plus sauvage et le moins docile de nos fleuves la Loire au bord de laquelle il a passé son enfance et toute son adolescence. C’est là de toute évidence, que tout a commencé, qu’a jailli la première étincelle – précisément décrite dans son dernier livre Un jardin pour mémoire – qui motivera et scellera le destin de l’écrivain pour toutes les années à venir.

Seules les hérésies font avancer la vérité

Après le premier pas, le grand saut. La Bosnie, appelée encore à cette époque Bosnie-Herzégovine – terreau de la gnose et de l’hérésie. Nous suivrons Jacques Lacarrière le long des chemins et des montagnes peuplés jadis par les Bogomiles, ces ancêtres des cathares occitans, et au cœur des lieux qu’il fréquenta alors, comme le village de Pocitelj. De cette histoire grandiose et tragique – qui se termina dans le sang comme celle des Cathares – reste-t-il quelque chose encore aujourd’hui, en reste-t-il des braises encore actives ou simplement des cendres ? Tel sera le propos de cette séquence et des questions qu’elle posera car c’est là en ces années de l’immédiate après-guerre, que l’écrivain acquiert la conviction que seules les hérésies font avancer la vérité.

En Grèce, la mémoire ne vieillit pas d’une seconde par siècle

Troisième étape de ce périple, la Grèce, pays où l’écrivain s’est totalement investi pendant plusieurs années, s’enivrant du vertige des mythes, des mots, des sons, des odeurs, de tous les éléments. Et aussi de toutes les rencontres réelles ou féériques. Comme dans les montagnes de Bosnie, une part de Jacques Lacarrière appartient au monde des pierres et du soleil, au monde d’Épidaure, de Delphes. Mais quel est donc le lien subtil que relie Pocitej à Patmos, par exemple, cette file du Dodécanèse où l’auteur passa près de trois ans ? Question qui à ses yeux en appelle une autre, plus vaste et plus essentielle : comment se fait-il qu’en Grèce la mémoire ne vieillisse pas d’une seconde par siècle ? 

Ce monde n’appartient à personne

Quatrième volet de ce voyage à travers les pays et les livres : la Turquie. Les steppes anatoliennes où s’inscrit encore la poussière du monde. Bosnie, Grèce, Cappadoce : qu’y-a-t-il de commun entre ces trois lieux et quelle quête mènera l’auteur entre la ville sainte de Konya et ce village de Bektasi, où enseigna l’un des maîtres soufis décrit dans La poussière du monde ? Entre les poèmes et les chants soufis et les montagnes d’Anatolie, l’écrivain posera la troisième pierre qui balisera ce parcours, en reliant à nos préoccupations d’aujourd’hui et nos interrogations sur le monde celles de ceux qui jadis le peuplèrent et surtout l’éclairèrent, dont la réponse pourrait se résumer par ce vers du poète mystique Yunus Emré : ce monde n’appartient à personne.

Trois pays différents et, en ces trois pays deux ou trois lieux eux-mêmes différents. Trois mondes qui jadis se combattirent ou s’exclurent mais qui se rencontrent ici, à travers la quête et les récits de l’auteur, la voix du poète de l’errant du passeur de rêves :

Une œuvre où toutes les voix du monde deviennent ici le monde d’une voix.

Jordan PLEVNES

Ce film (52″), documentaire de création va nous mener sur les routes de la mémoire, aussi bien intime qu’historique, aussi bien orientale qu’occidentale, aussi bien solitaire qu’ouverte vers les deux pôles de l’infini : l’oubli et l’éternité. Il va se dérouler comme une forme de pèlerinage sur les lieux des sou-venirs et des fascinations qui vont marquer les chemins d’écriture de Jacques Lacarrière.
Avec la participation de Laurent Terzieff et Sylvia Lipa, interprètes des textes de Jacques Lacarrière
Cameraman : Jean-Michel Papazian
Auteur : Jacques Lacarrière
Réalisateur : Jordan Plevnes.

Anne Simon, chercheuse : « On peut tout à fait être humaniste en tenant compte des animaux et de l’animalité »

Photographie Agata Siecinska

Ne manquez pas ce rendez-vous avec Anne Simon, qui parle de Jacques Lacarrière et des animaux dans son dernier livre  “Une bête entre les lignes” (Wildproject) au micro de Zoé Varié sur France Inter ce 13 juin « On peut tout à fait être humaniste en tenant compte des animaux et de l’animalité ».

Retrouvez le Podcast sur le site de France Inter

Le jardin des miracles ou la vie sainte de Radegonde

Radegonde, reine de France devenue moniale, fonda à Poitiers un important monastère de femmes. C’est là qu’elle rencontrera le poète Venance Fortunat. En ce 6ème siècle encore à moitié barbare, où Francs et Germains s’affrontaient en permanence et où le sang coulait au sein de chaque famille royale, la vie de Radegonde apparait comme un choix, un chant, un chemin de lumière. Le Jardin des miracles, c’est cet enclos de rêve, de bonté et de dévotion que Radegonde sut édifier au milieu des horreurs de son temps.

Ce concert-spectacle, élaboré sous la conduite de Jacques Lacarrière, fait alterner des chants (hymnes de Venance Fortunat composées pour le monastère de Poitiers et chantées sans interruption du 6e siècle à nos jours, pièces des offices de sainte Radegonde, chants des divers rites chrétiens de cette époque lointaine…) et des textes dits (récit des principaux miracles de Radegonde, extraits des lettres de Fortunat …)

L’ensemble Venance Fortunat
La musique médiévale au présent

Difficile, dans un créneau aussi spécifique que celui de la musique médiévale, de passer à côté du travail fourni depuis plusieurs années par l’ensemble Venance Fortunat. Les nombreux disques et les succès qu’ils obtiennent, ainsi que les tournées qui se succèdent sur les cinq continents, sont là pour en témoigner.
Sous la direction d’Anne-Marie DESCHAMPS, les chanteurs professionnels qui composent cet ensemble, sont devenus de véritables spécialistes de la musique sacrée. Par leur recherche approfondie des sources et grâce aux interprétations qui en découlent, cette partie du patrimoine artistique, représentative de la richesse musicale de toute une époque, témoigne d’une étonnante modernité qui influence encore de nos jours une partie de la création vocale.

Jocaste

Charles CHAYNES

Opéra en trois Actes sur un livret de Jacques Lacarrière

Jocaste – Hélène Jossoud
Antigone – Monique Krüs
Œdipe – Jean-Marie Frémeau
Polynice – Benoît Boutet
Étéocle – André Cognet
Créon – François Harismendy
Le Messager – Douglas Nasrawi

Chœur du Théâtre des Arts
Orchestre Symphonique de Rouen
Direction Frédéric CHASLIN

Directeur artistique de l’enregistrement : Daniel Zalay
Prise de son : Didier Gervais, assisté de Solène Chevassus
Enregistrement public réalisé par Radio-France au Théâtre des Arts de Rouen les 5 et 7 novembre 1993
Mise en scène : Marc Adam – Décors et costumes : Johannes Leiacker
Photos recto et livret : Daniel Huray – Ville de Rouen

Lawrence Durrell

Des fantaisies jubilatoires. Voilà ce que sont pour moi les peintures d’Oscar Epfs alias Lawrence Durrell. 

Reprenons ses termes. Des fantaisies, oui. Autrement dit, pas d’aspirations proclamées au Grand Œuvre ni de prétentions cosmiques mais des jeux, des joies, des farces même quelquefois et très souvent des fêtes. La main d’Oscar Epfs suit son cœur qui suit son rêve qui suit son rire.

Et puis, des jubilations. Jubilation, mot durrellien par excellence. Jubiler c’est, d’après le dictionnaire, « manifester une joie vive et expansive qui se traduit le plus souvent par des signes extérieurs ». Définition parfaite des peintures d‘Oscar Epfs. Elles manifestent pour la plupart une joie en expansion – comme l’univers – et maints signes extérieurs de liesse. Approchez-vous de certaines d’entre elles et vous y surprendrez des rires étouffés, des sourires en coin, des complicités chuchotantes avec le monde environnant. Au fond, dans leur plus grande part ces peintures sont plutôt d’inspiration païenne, pour ne pas dire panthéiste, et l’on y chercherait en vain la moindre trace de péché originel. Elles ne contiennent ni serpent ni faute mais la raison en est très simple : elles ne dérivent d’aucun modèle ni d’aucune tradition. Elles expriment simplement et crument la joie des mains, et celle des yeux à jouer avec des couleurs. D’où ces hymnes au soleil vivant, à la mer exultante, d’où ces totems heureux, ces fantômes en goguette, d’où cette palette souvent primitive et naïve. Joies et jeux, jeux et joies, nous voici revenus au début de notre chemin : aux fantaisies jubilatoires. C.Q.F.D.

Un jour, Lawrence Durrell nous fit un très précieux cadeau : une œuvre d‘Oscar Epfs. C’était une petite peinture à l’huile représentant un port méditerranéen la nuit. Sur la colline, entre les étendues bleu-sombre de la terre et de la mer, s’étageaient, comme un cortège de lucioles, des rangées de maisons illuminées. Un port en fête, donc, une liesse, une joliesse de mâts, de coques, de fenêtres et de lune. Une nuit enluminée, calme et sage. Une nuit epfsienne.

Lorsqu’un écrivain se met à peindre, on peut toujours se demander si ce n’est pas pour lui une autre façon d’écrire, un moyen de vouloir s‘illustrer lui-même en illustrant le monde. Avec Oscar Epfs, rien de tel. Cette question ne s’est jamais posée. Il ne peint surement pas pour accéder au panthéon des peintres, il ne peint certainement pas par manque ou par névrose mais plutôt par plénose. Comblé par l‘écriture, il ne demande pas aux couleurs de remplacer les mots mais au contraire de les accompagner en lui fournissant des jubilations parallèles et des joies non pareilles.

Alors, peinture d’amateur ? Oui, à condition de prendre ce mot dans son tout premier sens qui est : personne ayant un goût très vif pour quelque chose. Oscar Epfs avait un goût très vif pour les couleurs. Et un besoin plus que vif, un besoin vital et viscéral d’écrire. Vif, voilà le mot qui relie chez lui ces deux activités : écrire et peindre. Et qui relie d’un fil d’Ariane subtil et lumineux, Oscar Epfs à Lawrence Durrell.

Jacques Lacarrière

Pour le catalogue Lawrence Durrel, 3/8/1992

Voir l’œuvre dans le Cahiers Jacques Lacarrière, Méditerranée

Prix Jacques Lacarrière 2020

Ce lundi 14 décembre 2020, le jury du prix littéraire Jacques Lacarrière, présidé par Gil Jouanard, a récompensé Michaël Ferrier pour son livre Scrabble, paru aux éditions Mercure de France en septembre 2019. Il succède à Jean-Luc Raharimanana, premier lauréat en 2018 pour Revenir (Rivages).

Les mots du jury :
Comme un jeu de scrabble, la partie commence par des cases vides offrant tous les possibles puis se complique et se resserre pour aboutir à une issue inéluctable. Les paysages du Tchad – sa lumière, sa poussière ocre, le vent – et les personnages sont tout entiers portés par la sensibilité et la poésie d’une écriture de la sensation portée à l’incandescence.
Le récit suit Michaël Ferrier dans son initiation à une culture différente, à une autre façon d’habiter le monde. Outre sa dimension de témoignage sur un conflit dévastateur, et sa vision politique du rapport entre ex-colons et ex-colonisés, son livre rappelle l’esprit curieux et ouvert sur le monde de Jacques Lacarrière qui écrivait : « Être cultivé aujourd’hui, c’est porter en soi, à sa mort, des mondes plus nombreux que ceux de sa naissance. Être cultivé aujourd’hui, c’est être tissé, métissé par la culture des autres. »

Ecoutez le podcast Causerie avec Michaël Ferrier par Valérie Marin La Meslée

Editions Mercure de France

Articles divers

Textes divers, hors la Grèce

Le Message des aromates, Marcel Détienne1972
Des villages de toile dont on ne parle jamaisLe Matin1977
Chypre l’île mutiléeLe Monde d’aujourd’hui1980
Les mystères de DublinLe Monde1987
Heureux comme Bouddha en BourgogneLe Monde Loisirs1984
Restif de la BretonneL’Yonne Républicaine1984
Lumineusement gnostiqueLe Magazine Littéraire1985
Par-delà la mer de ténèbresLe Nouvel Observateur1987
Jean Bottéro, aux sources de notre culture1989
Un Parisien à la CampagneLe Magazine Littéraire1996
Merveilles soufiesLe Monde1997
Parise, souvenirs encombrants de la GuadeloupeLe Magazine Littéraire1997
Chant des Cimes, Nicolas BouvierLe Monde des Livres1998
Gurdjieff Anatomie d’un mythe, James MooreLa Magazine Littéraire1999
Marie-José Lamothe sur les chemins du TibetRevue Question de1999
Le bâton d’EuclideLe Monde des Livres2002
L’Homme de Feu, Francesca Yvonne Caroutch2003
Nicolas Bouvier et les chants du mondeLe Monde2004

Sol Invictus

Soleil Invaincu, Cantate de la Paix

Au cours du festival De la Guerre à la Paix de juillet 2003, le public du Centre Mondial de la Paix de Verdun a pu découvrir Sol Invictus une création mondiale co-signée par Michel Sendrez, compositeur et Jacques Lacarrière.

Au cours de ces derniers mois, j’ai travaillé dans l’île de Chypre sur la zone interdite séparant depuis le mois d’Août 1974 la partie turque et la partie grecque de l’île. J’ai pu rencontrer ainsi à plusieurs reprises les soldats de la force d’interposition de l’ONU. Des soldats éventuellement armés mais des soldats dont la mission est d’empêcher toute reprise des combats.

Il m’a semblé qu’aujourd’hui un texte sur la paix ne pouvait pas ignorer cette nouvelle fonction ou cette nouvelle mission d’une armée : veiller sur la paix à l’ombre des armes. Et cela, quelle que soit la forme de ce texte : prose ou poème, appel ou élégie, prière ou manifeste. C’est la raison pour laquelle une des voix de cet oratorio est celle d’un soldat de la paix. Pourquoi aussi une des voix féminines est celle d’une réfugiée. Pour quiconque a pu parcourir les différents camps installés dans le Proche-Orient comme je l’ai fait ces dernières années, les réfugiés sont devenus les plus nombreuses, comme les plus éprouvées, des victimes de l’état de guerre.

La paix ne saurait être simplement le contraire de la guerre. Elle n’est pas un état de grâce mais le résultat d’un combat. Elle ne saurait être soumission, encore moins démission face à la violence. Si la guerre est l’équivalent d’un cri, la paix doit être un chant fort et puissant. C’est pourquoi je n’ai pas renoncé pour autant à faire place à l’espoir — même né à l’ombre des armes- symbolisé ici par l’aube et le soleil levant. Carle soleil apporte non seulement le jour mais la réconciliation. Je n’ai pas trouvé pour l’instant de titre à ce chant de l’aube future. Dans mon esprit, je le nomme Soleil invaincu, nom que les Romains donnaient aux jours du solstice d’hiver où l’astre paraissait englouti dans la nuit. 

Jacques Lacarrière

Quand Jean-Luc Demandre, directeur du Centre mondial de la Paix et Didier Patard, directeur de Transversales, m’ont fait la commande d’une œuvre sur la volonté de vivre en paix, je me suis très vite adressé à Jacques Lacarrière en espérant qu’il accepterait de relever le défi d’un sujet aussi difficile. Il en est résulté ce très beau texte : Sol invictus. La difficulté à laquelle je me trouvais alors confronté était d’arriver à traduire musicalement, non seulement la beauté de la langue mais aussi l’idée, parmi tant d’autres, d’une espérance aussi forte dans un avenir lumineux. J’ai conçu une disposition scénique de façon à ce que toute tentative de dialogue paraisse hors temps, hors espace. Le comédien et la comédienne immergent le sujet dans l’actualité. Le comédien, dont le double, danseur capoiériste, donne à voir l’habileté de ses acrobaties verbales, la comédienne, elle, femme victime, prolongée ensuite par la danseuse butô symbolisant, dans sa nudité, l’espoir au féminin.

Michel Sendrez

Articles sur la Grèce depuis 1974

Des mots de soleilApproches1974
La Grèce hors les liensLe Monde1974
Le Grec courantLe Figaro Littéraire1976
A propos de GrécitéL’Hommage à Ritsos1976
Grèce, les tortionnaires pourront recommencerLe Matin1977
Chemins Grecs MetsovoLe Monde1977
Qui a encore peur de la Révolution Grecque ?Les Nouvelles Littéraires1977
Comme un feu mêlé d’aromatesLa Quinzaine Littéraire1979
L’arc-en-ciel ElytisL’Express1979
Des heures mythiques aux cris quotidiensLe Monde des Livres1980
Le troublant miroir d’HérodoteLe Monde1980
Le printemps d’AthènesLe Monde des Livres1982
Odysseus ElytisLe Monde1983
Angelos Sikelianos et l’idée Delphique1984
La Grèce Moderne et ses rapports avec l’AntiquitéLe Monde des Livres1984
Un homme de paroleLe Nouvel Observateur1884
Aris AlexandrouRevue Jungle1985
La vie extraordinaire de Léon l’AfricainLe Monde1986
La Grande IdéeAutrement Istambul1988
La blancheur nocturne de la GrèceLe Magazine Littéraire1988
Costas Taktsis, le non-orthodoxeLe Monde1988
A propos de SeferisTo Vima1990
Le bandit, le prophète et le mécréantRevue Cemoti1990
Ecrivains et poètes de ThessaloniqueLe Nouvel Observateur1990
Un sanctuaire des morts en EpireNouvelles Clés
Le Vertige d’HérodoteLe Nouvel Observateur1997
Ilias PetropoulosLe Monde2003