{"id":765,"date":"2012-05-20T22:53:47","date_gmt":"2012-05-20T20:53:47","guid":{"rendered":"http:\/\/localhost:8888\/site\/2019\/05\/20\/exposition-de-charlotte-j-charlot\/"},"modified":"2012-05-20T22:53:47","modified_gmt":"2012-05-20T20:53:47","slug":"exposition-de-charlotte-j-charlot","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/2012\/05\/20\/exposition-de-charlotte-j-charlot\/","title":{"rendered":"Exposition de Charlotte J. Charlot"},"content":{"rendered":"\n<p>Assolements\nl\u2019Ame Enchant\u00e9e\nDu samedi 2 au vendredi 29 juin\nVernissage samedi 9 juin \u00e0 18h\nLecture d\u2019extraits du livre de Jacques Lacarri\u00e8re Natures\n<\/p>\n\n\n\n<p>Avec Guil\u00e8ne Ferr\u00e9, Gil Jouanard, Sylvia Lipa-Lacarri\u00e8re<br><br>11 rue St Etienne<br>89450 V\u00e9zelay<br>03 86 32 38 38<br><br>Ouvert tous les jours sauf le lundi&nbsp;: 10h -13h \u2013 14h30 \u2013 18h30<\/p>\n\n\n\n<p>Touffes de langage ponctuations d\u2019abeilles&nbsp;:<br>Le printemps grammairien conjugue les corolles.<br>Herbes et verbes s\u2019\u00e9pellent aux phon\u00e8mes des vents.<br>Sur le cahier du ciel des virgules d\u2019oiseaux.\n\nCharlotte au pays des merveilles\n<\/p>\n\n\n\n<p>Toile de fond de la chor\u00e9graphie plan\u00e9taire, qui a fait de son animal favori, le ci-devant \u00ab\u00a0\u00eatre humain\u00a0\u00bb, son \u00ab\u00a0premier sujet\u00a0\u00bb, la nature a tard\u00e9 \u00e0 remonter sur le devant de la sc\u00e8ne iconographique. Les vieux Chinois de la haute \u00e9poque lui avaient, en pr\u00e9curseurs tr\u00e8s avanc\u00e9s, reconnu le statut que nos peintres \u00ab\u00a0occidentaux\u00a0\u00bb tard\u00e8rent \u00e0 lui conc\u00e9der.<br>Cela commen\u00e7a avec les primitifs italiens du Trecento et du Quattrocento, qui la firent, sinon remonter \u00e0 la surface, du moins exister dans des arri\u00e8re-plans sans cesse plus insistants. Puis vinrent \u00e9tonnamment ces peintres flamands et hollandais, paradoxalement natifs de la soci\u00e9t\u00e9 la plus \u00ab\u00a0bourgeoise\u00a0\u00bb des XVe et XVIe si\u00e8cles, ench\u00e2ss\u00e9s dans un univers de boutiquiers, de drapiers, de n\u00e9gociants et d\u2019usuriers, mais (est-ce par r\u00e9action vis-\u00e0-vis d\u2019autant de mesquinerie ou du moins de pragmatisme\u00a0?) brusquement fascin\u00e9s par ce que nous appelons aujourd\u2019hui l\u2019environnement.<br>Quand Bruegel peint la chute d\u2019Icare, le m\u00e9galomane farfelu et suicidaire n\u2019est plus qu\u2019un \u00ab\u00a0plouf\u00a0\u00bb, ignor\u00e9 m\u00eame se son \u00ab\u00a0fr\u00e8re humain\u00a0\u00bb qui lui survivra et, pr\u00e9sentement, laboure un champ nourricier et si possible un peu lucratif. L\u2019un et l\u2019autre s\u2019effacent, au sens propre pour l\u2019un, au figur\u00e9 pour l\u2019autre, devant l\u2019\u00e9norme, colossale et cependant d\u00e9licate s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 de ce que les humains d\u2019autrefois transform\u00e8rent en \u00ab\u00a0paysage\u00a0\u00bb, pour l\u2019exploiter (car c\u2019est au N\u00e9olithique que la nature sans entraves, c\u00e9dant ses parts d\u2019autonomie, se laissa domestiquer, comme un vulgaire auroch, comme un cheval qu\u2019on e\u00fbt cru indomptable ou comme un loup \u00ab\u00a0caninis\u00e9\u00a0\u00bb).<br>Ainsi le paysage entra dans notre conscience non plus seulement de fa\u00e7on machinale et n\u00e9gligente, mais app\u00e9tissante autant que symbolique, au point d\u2019acc\u00e9der, dans l\u2019art de la figuration picturale, au rang de \u00ab\u00a0sujet\u00a0\u00bb, encore en retrait vis-\u00e0-vis des fantasmes religieux et de l\u2019exhibitionnisme historique, ou encore de cette \u00ab\u00a0figure humaine\u00a0\u00bb qui, sacralis\u00e9e ou couronn\u00e9e, \u00e9crasa durablement le march\u00e9.<br>D\u2019embl\u00e9e les artistes accommod\u00e8rent leur regard et, selon le principe g\u00e9o-optique du zoom, opt\u00e8rent les uns pour le panorama ou la vue d\u2019ensemble, les autres pour l\u2019infime d\u00e9tail promu au grade de sujet principal, voire m\u00eame unique.<br>Ici, la Lorraine ou la Toscane se mirent \u00e0 occuper l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de l\u2019espace circonscrit par la toile de lin tendue et clou\u00e9e sur ses bords. Ce fut Claude Gell\u00e9e, Friedrich, Gainsborough, Corot, l\u00e0 ce fut Chardin, Vermeer, Monet, C\u00e9zanne.<br>Charlotte Charlot se tient \u00e0 mi chemin entre le grand angle et le t\u00e9l\u00e9objectif.\u00a0Comme Jean Henri Fabre, elle aime se rapprocher du sujet, \u00e0 la feuille d\u2019arbre ou \u00e0 la tige d\u2019herbe sauvage pr\u00e8s\u00a0; comme Chateaubriand plong\u00e9 au c\u0153ur de la for\u00eat louisianaise, elle est aussi tent\u00e9e de s\u2019immerger dans cette immensit\u00e9 florale, botanique, ligneuse, fruiti\u00e8re, sylvestre. Entre sauvagerie v\u00e9g\u00e9tale et jardin potager, elle n\u2019h\u00e9site pas, elle d\u00e9ambule, d\u2019un \u0153il en constante situation d\u2019accommodement.<br>Une de ses \u0153uvres rend compte de cet \u00e9tat (plus encore que de cette \u00ab\u00a0mani\u00e8re\u00a0\u00bb), c\u2019est en fait une photographie prise par elle-m\u00eame, soudain surprise de rencontrer incidemment sa propre ombre projet\u00e9e par un soleil sans concessions sur la surface qu\u2019elle est en train de nourrir de ses visions arboricoles.<br>La photo nous donne \u00e0 voir cette ombre inversant l\u2019ordre naturel des choses. Car d\u2019ordinaire, c\u2019est l\u2019ombre de l\u2019arbre qui recouvre le r\u00eaveur contemplatif. L\u00e0, c\u2019est l\u2019ombre de la r\u00eaveuse qui recouvre l\u2019arbre qu\u2019il contemple et auquel il tente prioritairement d\u2019octroyer la parole. La r\u00eaveuse, c\u2019est le titre d\u2019un air sublime compos\u00e9 sur la viole de gambe par Marin Marais. Elle est cette r\u00eaveuse. Elle couvre, on est tent\u00e9 de supprimer ce \u00ab\u00a0r\u00a0\u00bb bien inutile, presque parasite, etd\u2019\u00e9crire qu\u2019elle couve le paysage, celui-ci \u00e9tant ramen\u00e9 aux proportions d\u2019un seul arbre.<br>L\u2019arbre s\u2019est isol\u00e9 dans le regard de l\u2019artiste. Il a cess\u00e9 de n\u2019\u00eatre qu\u2019une simple et anonyme composante du verger ou du bois, pour devenir le h\u00e9ros de cette aventure visuelle et onirique. Chacune de ses feuilles compte et s\u2019offre \u00e0 conter, \u00e0 se raconter, elle et sa m\u00e9moire de feuille, sa m\u00e9moire d\u2019ancien fruit, sa m\u00e9moire surgie de rien, de nulle part et de jamais. Ailleurs, on en verra, de ces feuilles, qui essaiment \u00e0 travers un vallon qui part buter contre le soubresaut d\u2019une ar\u00eate granitique. Elles ne sont pas de pure figuration\u00a0; hallebardi\u00e8res de cette dramaturgie, elles s\u2019emparent, chacune d\u2019elles, de sa part d\u2019autonomie, de son statut de sujet individuel. Charlotte ne se prive du reste pas de les couvrir d\u2019or, ces feuilles qui tombent et tourbillonnent, emport\u00e9es par le vent.<br>Ailleurs, l\u2019or s\u2019est converti en fleur de gen\u00eat\u00a0; il \u00e9clabousse la verdure des branches et des feuilles.<br>Quand il dispara\u00eet, c\u2019est pour c\u00e9der la place, toute la place, \u00e0 la dentelle d\u2019un feuillage touffu.<br>Il a pli\u00e9 bagage quand le pinceau de la capricieuse artiste (pareille \u00e0 une abeille ou \u00e0 un papillon qui butine au gr\u00e9 des vents, des odeurs, des couleurs et, bien s\u00fbr du hasard) s\u2019envole en direction d\u2019un fouillis v\u00e9g\u00e9tal ou d\u2019un d\u00e9lire de verts c\u00e9dant aux voluptueuses sollicitations du cama\u00efeu.<br>Accordant leur ind\u00e9pendance \u00e0 toutes ces formes et ces couleurs, \u00e0 ces s\u00e8ves anarchiques et \u00e0 ces silences remplis d\u2019\u00e9chos \u00e9touff\u00e9s, Charlotte Charlot, \u00e0 son insu, se peint elle-m\u00eame de l\u2019int\u00e9rieur, s\u2019effeuillant ici, se gorgeant de s\u00e8ve l\u00e0, resplendissant au soleil, s\u2019estompant derri\u00e8re la brume, se faisant plus paysage que le paysage, plus absente que l\u2019absence et plus pr\u00e9sente, en m\u00eame temps, que la pr\u00e9sence. S\u2019incarnant dans un effacement magistral autant que pudique.<br>Elle nous sollicite du c\u00f4t\u00e9 o\u00f9 nous sommes nous-m\u00eames, \u00e0 notre insu, faits de cette m\u00eame mati\u00e8re qui fait la feuille et la fleur, le fruit et la branche, la tige et la racine, la terre et les \u00e9toiles. De la proximit\u00e9, elle fait un ailleurs \u00e0 la fois virtuel et concret. Une r\u00e9sidence principale du regard et de l\u2019\u00e9coute et du toucher et de l\u2019odorat\u00a0; mais aussi de la respiration. On regarde et se d\u00e9veloppent \u00e0 leur rythme pl\u00e9nier la diastole et la systole de notre pr\u00e9sence \u00e0 tout cela, qui nous regarde \u00e0 l\u2019instant m\u00eame o\u00f9 nous le regardons.<br>Elle nous fait \u00eatre ce que nous voyons et, de la sorte, sans cesse davantage, devenir ce nous-m\u00eames, ce nous seul, anonyme et pourtant unique, qui attend depuis cinq milliards d\u2019ann\u00e9es de rejoindre la cellule originelle. De la beaut\u00e9 du monde elle fait notre v\u00e9hicule, dont le carburant est cet air qu\u2019elle nous fait respirer de tous nos yeux.<\/p>\n\n\n\n<p>Gil Jouanard<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Assolements l\u2019Ame Enchant\u00e9e Du samedi 2 au vendredi 29 juin Vernissage samedi 9 juin \u00e0 18h Lecture d\u2019extraits du livre de Jacques Lacarri\u00e8re Natures Avec Guil\u00e8ne Ferr\u00e9, Gil Jouanard, Sylvia Lipa-Lacarri\u00e8re 11 rue St Etienne89450 V\u00e9zelay03 86 32 38 38 Ouvert tous les jours sauf le lundi&nbsp;: 10h -13h \u2013 14h30 \u2013 18h30 Touffes de &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/2012\/05\/20\/exposition-de-charlotte-j-charlot\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Exposition de Charlotte J. 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