{"id":3415,"date":"2024-01-15T17:54:00","date_gmt":"2024-01-15T16:54:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/?p=3415"},"modified":"2025-01-15T18:09:44","modified_gmt":"2025-01-15T17:09:44","slug":"jacques-lacarriere-cet-etranger-qui-aimait-tant-le-visage-pauvre-de-lete-grec","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/2024\/01\/15\/jacques-lacarriere-cet-etranger-qui-aimait-tant-le-visage-pauvre-de-lete-grec\/","title":{"rendered":"Jacques Lacarri\u00e8re, cet \u00ab\u00a0\u00e9tranger\u00a0\u00bb qui aimait tant le visage \u00ab\u00a0pauvre\u00a0\u00bb de l\u2019\u00e9t\u00e9 grec"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"593\" height=\"404\" src=\"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/lacarriere3.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3420\" srcset=\"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/lacarriere3.jpg 593w, https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/lacarriere3-300x204.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 593px) 100vw, 593px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Texte paru en grec le 24 ao\u00fbt 2024 sur <a href=\"https:\/\/www.lifo.gr\/culture\/vivlio\/o-lakarier-aytos-o-xenos-poy-ektimise-bathia-ti-ftohiki-pleyra-toy-ellinikoy?utm_source=newsletter&amp;utm_medium=email&amp;utm_campaign=25%2F08%2F2024\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">LIFO<\/a>, traduit par Fran\u00e7oise Huart.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Il ne faisait pas partie de ces bourgeois qui voient la Gr\u00e8ce comme un territoire exotique.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Il voyageait sur le pont car il n\u2019avait pas d\u2019argent. Il a connu l\u2019\u00eele d\u2019Anafi, celle des d\u00e9port\u00e9s politiques et la cycladique S\u00e9rifos alors si inhospitali\u00e8re. Il a racont\u00e9 son \u00e9t\u00e9 grec dans un livre essentiel, qui appartient \u00e0 l\u2019Histoire.<\/em><br>\u00ab\u00a0J\u2019ai voyag\u00e9 pour la premi\u00e8re fois en Gr\u00e8ce en 1947 et la derni\u00e8re fois* au cours de l\u2019automne 1966.<br>L\u2019image qui me reste est celle d\u2019une \u00eele aride de l\u2019Eg\u00e9e au paysage d\u00e9nud\u00e9, avec un seul et unique village, flanqu\u00e9 de sa pauvret\u00e9 et de sa beaut\u00e9, telles les deux versants d\u2019une m\u00eame colline. Beaut\u00e9 et pauvret\u00e9\u2026\u00a0\u00bb<br>C\u2019est ainsi que Jacques Lacarri\u00e8re, \u00e9crivain, hell\u00e9niste, traducteur,\u00a0 intellectuel et essayiste, voyageur, observateur g\u00e9n\u00e9reux et attentionn\u00e9 de la Gr\u00e8ce, profond\u00e9ment attach\u00e9 \u00e0 ses lieux et \u00e0 ses habitants \u00ab\u00a0invisibles \u00ab, \u00a0 commence \u00e0 raconter ses voyages dans <em>L\u2019Et\u00e9 grec<\/em>\u00a0 ( Editions Xatzinikoli, traduction Ioanna Xatzinikoli).<\/p>\n\n\n\n<p>Il nait \u00e0 Limoges en 1925, \u00e9tudie les Lettres classiques. Au lyc\u00e9e, les le\u00e7ons de grec ancien l\u2019ont \u00ab\u00a0fait s\u2019attacher \u00e0 l\u2019essentiel d\u2019un autre monde, alors que, plus tard, il d\u00e9couvrira la mythologie, un monde de l\u2019imaginaire o\u00f9 chaque chose se trouve aux antipodes de la r\u00e9alit\u00e9 quotidienne\u00a0\u00bb. Au contraire des mythes, l\u2019Histoire, les textes et la philosophie grecs ne lui apportaient\u00a0 qu\u2019une suite d\u2019images trompeuses : des colonnes, des ruines \u00ab\u00a0totalement immobiles\u00a0\u00bb, telles un d\u00e9cor. Quoi qu\u2019il en soit, adolescent, la Gr\u00e8ce peuplait souvent ses r\u00eaves.<\/p>\n\n\n\n<p>En Gr\u00e8ce, Jacques Lacarri\u00e8re ne voyageait pas dans les villes, mais dans des lieux recul\u00e9s, de villages en montagnes, de c\u00f4tes d\u00e9coup\u00e9es en \u00eeles isol\u00e9es. La Gr\u00e8ce, il l\u2019a rencontr\u00e9e \u00e0 travers les gens du labeur, les d\u00e9munis, les paysans, dans une approche totalement libre.\u00a0<br>Il est arriv\u00e9 en Gr\u00e8ce en 1947, en pleine Guerre civile. Ce qu\u2019il a vu l\u2019a d\u00e9finitivement d\u00e9barrass\u00e9 des clich\u00e9s et de ses repr\u00e9sentations id\u00e9alistes. Et pourtant, ce qu\u2019il il observait lui prouvait bien que sa Gr\u00e8ce continuait d\u2019exister. \u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Son premier voyage, il l\u2019a fait comme com\u00e9dien amateur avec la troupe du Th\u00e9\u00e2tre Antique de la Sorbonne qui donna <em>Les Perses <\/em>et <em>Agamemnon<\/em> d\u2019Eschyle \u00e0 Ath\u00e8nes et \u00e0 Epidaure o\u00f9 des milliers de paysans venus des villages les plus recul\u00e9s du P\u00e9loponn\u00e8se se press\u00e8rent pour assister aux repr\u00e9sentations jou\u00e9es en fran\u00e7ais ! Comme au cours des f\u00eates antiques, les spectateurs\u00a0 \u00e9taient assis sous les pins\u2026 L\u2019\u00e9v\u00e9nement \u00e9tait de taille : 25 ans que le Th\u00e9\u00e2tre Antique n\u2019avait pas mont\u00e9 de pi\u00e8ces, \u00e0 l\u2019exception d\u2019une, en 1936, \u00e0 la Sorbonne.<br>Il se rendit \u00e0 Delphes alors aux mains des maquisards de l\u2019ELAS*. Le lieu \u00e9tait d\u00e9sert\u00e9, livr\u00e9 aux fant\u00f4mes de l\u2019Histoire. Cet \u00e9trange voyage lui fit comprendre que cette guerre civile \u00e9tait plus sauvage et meurtri\u00e8re que celle des Grecs contre les Troyens, et il se lib\u00e9ra alors de \u00ab\u00a0l\u2019admiration des vieilles pierres\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Jacques Lacarri\u00e8re a arpent\u00e9 le pays de villages en montagnes, de c\u00f4tes d\u00e9coup\u00e9es en iles isol\u00e9es. Jamais dans les villes. Il a approch\u00e9 la Gr\u00e8ce \u00e0 travers le peuple laborieux, d\u00e9muni, paysan, dans une relation totalement libre. Il a connu les bouges des <em>bouzoukia<\/em> et les <em>r\u00e9b\u00e8t\u00e8s<\/em>*, il a rencontr\u00e9 Spatharis, le montreur du Th\u00e9\u00e2tre d\u2019ombres ; des po\u00e8tes, S\u00e9f\u00e9ris, Elytis, Sinopoulos\u2026 ; des \u00e9crivains,Takhtsis, Plaskovitis, Vassilikos\u2026 Il en a magnifiquement traduit certains, comprenant que les po\u00e8tes, depuis l\u2019\u00e9poque de Solomos, offrent, chacun dans sa propre langue, la magie de la cr\u00e9ation. Peu de \u00ab&nbsp;non-Grecs&nbsp;\u00bb ont appr\u00e9hend\u00e9 comme lui notre langue.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il d\u00e9cide de revenir en Gr\u00e8ce en 1950, en voyageant \u00e0 sa mani\u00e8re, unique, sans un sou en poche, en auto-stop depuis Avignon, dormant souvent \u00e0 la belle \u00e9toile ou h\u00e9berg\u00e9 chez des villageois, mangeant du pain noir, des olives et des tomates. Il s\u2019est rendu aux monast\u00e8res en ruines des M\u00e9t\u00e9ores en compagnie des fant\u00f4mes puis est arriv\u00e9 au Mont Athos, cette p\u00e9ninsule hors du temps o\u00f9 rien ne change jamais.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019intensit\u00e9 et la fluidit\u00e9 avec lesquelles il raconte ce lieu o\u00f9 il s\u2019est rendu trois fois sont extraordinaires. Il y a d\u00e9couvert le pain b\u00e9nit de la Montagne Sainte, des ermites comme Nikonios au parcours de vie passionnant, l\u2019odeur de l\u2019encens, de la cuisine, et des latrines, le go\u00fbt du vrai vin. Avec les moines, il a plaisant\u00e9, ri, mais aussi partag\u00e9 de petits drames intimes dans la p\u00e9nombre des cellules. C\u2019est ainsi qu\u2019il a d\u00e9couvert l\u2019authentique et immuable Gr\u00e8ce byzantine.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Passager clandestin, sans un sou, il a d\u00e9barqu\u00e9 en Cr\u00e8te, direction Knossos, sans m\u00eame jeter un coup d\u2019\u0153il \u00e0 la ville d\u2019H\u00e9raklion. Sur le site, il n\u2019 y avait pratiquement aucun touriste. Il dormait \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur du Palais, partageait les casse-croute du gardien du site. Il a explor\u00e9 chaque recoin du Palais comme s\u2019il feuilletait un livre. Il \u00e9tait heureux. Il a appris le vocabulaire de l\u2019arch\u00e9ologie, celui d\u2019un monde si diff\u00e9rent de celui de la Gr\u00e8ce quotidienne.<\/p>\n\n\n\n<p>Il fut le premier \u00ab&nbsp;\u00e9tranger&nbsp;\u00bb \u00e0 visiter le Pha\u00efstos de l\u2019apr\u00e8s-guerre. Le premier \u00e0 arriver dans des villages et \u00e0 rencontrer des lieux et des gens qui n\u2019appartenaient pas au monde de la mer ; des \u00eatres fiers, \u00e0 la stature de chefs, des femmes aux pieds-nus, v\u00eatues de noir, burin\u00e9es par le soleil et le dur labeur. Il a d\u00e9couvert le fromage de ch\u00e8vre, les nuits parsem\u00e9es&nbsp; d\u2019\u00e9toiles gigantesques, l\u2019odeur de la&nbsp; nature sauvage et celle du vin r\u00e9sin\u00e9. Pour lui, les villageois ont \u00e9gorg\u00e9 \u00ab&nbsp;une ch\u00e8vre centenaire dure comme de la pierre&nbsp;\u00bb et son ami Adonis lui a cuisin\u00e9 un aigle sans aucun rapport avec ceux du Mont Ida qui se d\u00e9salt\u00e8rent \u00e0 la neige fondue qui couronne son sommet.<\/p>\n\n\n\n<p>Jacques Lacarri\u00e8re a traduit le pays rude et \u00e2pre de l\u2019auteur cr\u00e9tois Prevelakis. Il \u00e9crivit que, plus tard, la Cr\u00e8te \u00e9tait devenue tr\u00e8s diff\u00e9rente de celle qu\u2019il avait connue. Un lieu o\u00f9 se donnent rendez-vous des touristes d\u00e9cervel\u00e9s et que le \u00ab&nbsp;d\u00e9veloppement touristique&nbsp;\u00bb \u00e9loigne de toute rencontre int\u00e9ressante, de toute exp\u00e9rience enrichissante. Mais parmi ces communaut\u00e9s chaleureuses, dans ces villages si d\u00e9munis et si pauvres, Lacarri\u00e8re a pu se lib\u00e9rer de son pays natal, de ce pseudo cordon ombilical. Et commencer son apprentissage, celui d\u2019un authentique voyageur, donnant \u00e0 ce mot une d\u00e9finition qui restera : \u00ab C\u2019est celui qui dans chaque endroit qu\u2019il croise, juste par les rencontres avec l\u2019autre et ses attentes personnelles essentielles vit une seconde naissance.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Huit ans apr\u00e8s sa premi\u00e8re apparition \u00e0 Epidaure comme com\u00e9dien amateur en 1947, il y&nbsp; rejoue. Mais les spectateurs n\u2019arrivent plus \u00e0 dos de mule mais en bus. L\u2019atmosph\u00e8re qu\u2019il avait v\u00e9cue avait disparu : ce silence de milliers de villageois retenant leur souffle en regardant \u00e0 la lumi\u00e8re du jour chaque mouvement des acteurs. Une exp\u00e9rience que tout com\u00e9dien devrait vivre au moins une fois dans sa vie.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Lacarri\u00e8re voyage \u00e0 Myc\u00e8nes, en Arcadie ou sur les eaux sombres du Styx\u2026 Il rencontre des grands-m\u00e8res an\u00e9miques, des villageois livides, des popes bedonnant\u2026 Tout ce qui faisait l\u2019essence m\u00eame de ces lieux. Il n\u2019\u00e9tait pas ce voyageur distant, ce bourgeois qui voyait la Gr\u00e8ce comme une terre exotique. Il voyageait sur le pont car il n\u2019avait jamais d\u2019argent, pas par snobisme. Il ne collaborait avec aucune maison d\u2019\u00e9dition, aucun organisme ne le subventionnait. Sa vie et ses choix ne d\u00e9pendaient de rien ni de personne.<\/p>\n\n\n\n<p>Les textes qu\u2019il a publi\u00e9s sont d\u2019abord personnels. Ils ne rel\u00e8vent pas d\u2019un objet d\u2019\u00e9tude. C\u2019est ainsi qu\u2019il a r\u00e9ussi \u00e0 dessiner notre pays aux couleurs de bleus meurtris, de bleu azur, de gris et du blanc immacul\u00e9 des lys de Knossos. Il ma\u00eetrisait notre langue et l\u2019affectionnait. Parce qu\u2019il n\u2019avait pas d\u2019argent, il a connu la Gr\u00e8ce \u00ab&nbsp;comme les Grecs la vivent et s\u2019en plaignent, avec eux, parmi eux, chez eux&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Indiff\u00e9rent aux biens mat\u00e9riels, il continue \u00ab&nbsp;Aujourd\u2019hui encore, si je devais payer cette beaut\u00e9 et cette v\u00e9rit\u00e9 de mon \u00e9cot, je dormirais \u00e0 la belle \u00e9toile et je me nourrirais d\u2019olives aussi longtemps que n\u00e9cessaire. Ne jamais perdre des yeux ce but. Le seul, surtout lorsqu\u2019on parle de voyage.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Il a ressenti l\u2019esprit des lieux et compris leur autre c\u00f4t\u00e9, au-del\u00e0 du \u00ab&nbsp;touristique&nbsp;\u00bb. Comme Anafi, l\u2019\u00eele des d\u00e9port\u00e9s politiques, Patmos, \u00eele id\u00e9ale pour un s\u00e9minaire sur la futurologie, l\u2019inhospitali\u00e8re S\u00e9rifos, les mis\u00e9reuses Sikynos et Folegandros, le pictural et f\u00e9erique village de Pyrgos \u00e0 Chios, Salamine\u2026 Miracle grec d\u2019une vie qui se maintient, survit, au goutte \u00e0 goutte. \u00ab&nbsp;Le miracle d\u2019un pays o\u00f9 les enfants qui jouent avec un crabe continuent \u00e0 appeler ce jeu &nbsp; \u00ab&nbsp;mort \u00e0 la Mort&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Son livre, m\u00eame s\u2019il appartient \u00e0 la litt\u00e9rature de voyage, rend compte d\u2019une pens\u00e9e, telle qu\u2019il l\u2019a appr\u00e9hend\u00e9e. \u00ab&nbsp;\u2026 pour eux, ce que, nous, nous appelons la connaissance est une mutation int\u00e9rieure des cellules, une \u00e9tude du corps, de ses \u00e9motions et de ses musiques\u2026&nbsp;\u00bb Il a lu Kodoglou, v\u00e9ritable homme des temps byzantins \u00e9gar\u00e9 dans notre \u00e9poque. Il a connu Pendziki \u00ab&nbsp;un homme de toutes les \u00e9poques&nbsp;\u00bb, qu\u2019il d\u00e9finit comme un surr\u00e9aliste byzantin.<\/p>\n\n\n\n<p>La grande r\u00e9v\u00e9lation de ses \u00e9t\u00e9s grecs fut la musique des <em>rebetika<\/em>, l\u2019atmosph\u00e8re, les visages anonymes, les chauffeurs de poids-lourds et les p\u00eacheurs r\u00e9unis dans un caf\u00e9, mis\u00e9rable et inoubliable, \u00ab&nbsp;Tout ceci, avec la standardisation du tourisme de masse s\u2019est transform\u00e9 en langoustes congel\u00e9es, en additions \u00e0 tomber par terre et&nbsp; en piles d\u2019assiettes bris\u00e9es au son d\u2019un <em>Hopa !&nbsp;<\/em> tr\u00e8s las&nbsp;\u00bb. Ce n\u2019est pas le <em>rebetiko<\/em> qui est mort. C\u2019est une \u00e9poque et une certaine v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le voyageur Lacarri\u00e8re a eu beaucoup de chance. La Gr\u00e8ce, comme Ithaque, \u00ab&nbsp;lui a offert le beau voyage&nbsp;\u00bb. Il a vu une Gr\u00e8ce bris\u00e9e mais avec des sentiments, une \u00e2me. Il a d\u00e9couvert la beaut\u00e9 d\u2019un autre pays, celui du silence, en marge de l\u2019Histoire.<\/p>\n\n\n\n<p>Il en a cartographi\u00e9 avec g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 et humour les passions, les erreurs et les vertus. Il a \u00e9crit un livre proph\u00e9tique. Il n\u2019a pas v\u00e9cu suffisamment pour constater que ce qu\u2019il avait \u00e9crit au sujet des touristes idiots \u00e9tait devenu r\u00e9alit\u00e9. On ne reconnait plus aucun pays.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019essence m\u00eame du pays qu\u2019il d\u00e9crit n\u2019existe plus. Ce livre est comme une \u00e9pine tremp\u00e9e dans du miel, la bible des temps d\u2019apr\u00e8s-guerre, un palimpseste d\u2019une Gr\u00e8ce qu\u2019hypocritement nous pleurons parce qu\u2019elle a disparu alors que nous \u00e9tions les spectateurs passifs de sa destruction. Lacarri\u00e8re, cet \u00ab&nbsp;\u00e9tranger&nbsp;\u00bb, avec sagesse et sensibilit\u00e9, aimait aussi&nbsp; profond\u00e9ment la langue des po\u00e8tes que celle des faubourgs mis\u00e9rables.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qu\u2019on lui a donn\u00e9 et qui l\u2019a enrichi, il nous le rend avec son <em>Et\u00e9 grec. <\/em>Un livre essentiel. Un livre d\u2019Histoire, d\u2019ethnographie, de sociologie. La chronique d\u2019une \u00e9poque oubli\u00e9e, recouverte par la poussi\u00e8re du progr\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized is-style-rounded\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"310\" height=\"310\" src=\"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/image.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-3416\" style=\"width:112px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/image.png 310w, https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/image-300x300.png 300w, https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/image-150x150.png 150w, https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/image-100x100.png 100w\" sizes=\"auto, (max-width: 310px) 100vw, 310px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u0391\u03c1\u03b3\u03c5\u03c1\u03ce \u039c\u03c0\u03bf\u03b6\u03ce\u03bd\u03b7<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Texte paru en grec le 24 ao\u00fbt 2024 sur LIFO, traduit par Fran\u00e7oise Huart. Il ne faisait pas partie de ces bourgeois qui voient la Gr\u00e8ce comme un territoire exotique. Il voyageait sur le pont car il n\u2019avait pas d\u2019argent. Il a connu l\u2019\u00eele d\u2019Anafi, celle des d\u00e9port\u00e9s politiques et la cycladique S\u00e9rifos alors si &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/2024\/01\/15\/jacques-lacarriere-cet-etranger-qui-aimait-tant-le-visage-pauvre-de-lete-grec\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Jacques Lacarri\u00e8re, cet \u00ab\u00a0\u00e9tranger\u00a0\u00bb qui aimait tant le visage \u00ab\u00a0pauvre\u00a0\u00bb de l\u2019\u00e9t\u00e9 grec&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[34],"tags":[],"class_list":["post-3415","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-textes-sur-loeuvre"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3415","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3415"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3415\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3421,"href":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3415\/revisions\/3421"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3415"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3415"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3415"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}