{"id":2927,"date":"2023-02-05T11:54:11","date_gmt":"2023-02-05T10:54:11","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/?p=2927"},"modified":"2023-02-05T15:28:29","modified_gmt":"2023-02-05T14:28:29","slug":"fereydoun-faryad","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/2023\/02\/05\/fereydoun-faryad\/","title":{"rendered":"Fereydoun Faryad"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-media-text alignwide is-stacked-on-mobile\" style=\"grid-template-columns:42% auto\"><figure class=\"wp-block-media-text__media\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"500\" height=\"638\" src=\"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/CF-Fereydoun-Faryad.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2928 size-full\" srcset=\"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/CF-Fereydoun-Faryad.jpg 500w, https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/CF-Fereydoun-Faryad-235x300.jpg 235w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/figure><div class=\"wp-block-media-text__content\">\n<p>De Fereydoun Faryad, n\u00e9 en Iran en 1949 mais install\u00e9 en Gr\u00e8ce depuis plusieurs ann\u00e9es, le po\u00e8te Yannis Ritsos disait que son \u0153uvre l&rsquo;enchanta par sa simplicit\u00e9, sa pr\u00e9cision, son d\u00e9pouillement, son refus des ornementations faciles et factices. \u00ab&nbsp;Bien qu&rsquo;au c\u0153ur de cette simplicit\u00e9, ajoutait-il, surgisse souvent une image d\u00e9concertante qui donne au po\u00e8me un \u00e9clairage et un relief inattendus&nbsp;\u00bb<\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p>Texte et po\u00e8mes parus dans la revue Caravanes<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai connu Fereydoun Faryad \u00e0 Ath\u00e8nes et comme nous avions traduit les m\u00eames po\u00e8tes grecs contemporains, lui en persan, moi en fran\u00e7ais, nous nous sommes retrouv\u00e9s \u00e0 travers leurs \u0153uvres et leur langue. Et tandis que nous parlions de tout ce qui ainsi nous r\u00e9unissait, j&rsquo;eus l&rsquo;impression que la langue grecque redevenait ce qu&rsquo;elle fut si longtemps, une langue de la diaspora proche-orientale, celle-l\u00e0 m\u00eame qu&rsquo;on parlait jadis depuis les comptoirs siciliens jusqu&rsquo;\u00e0 la cour des rois perses ach\u00e9m\u00e9nides, avant qu&rsquo;elle ne devienne la langue des \u00c9vangiles.\u00a0\u00a0En Iran, Fereydoun Faryad a publi\u00e9 de nombreux recueils de po\u00e8mes et quelques livres tr\u00e8s r\u00e9put\u00e9s pour la jeunesse ; puis il a choisi il y a quelques ann\u00e9es de quitter son pays et de vivre en Gr\u00e8ce &#8211; bien qu&rsquo;il se sente en exil dans sa nouvelle patrie. Le titre de son dernier recueil, Ciel sans passeport, d&rsquo;o\u00f9 sont tir\u00e9s les extraits propos\u00e9s ici, dit bien son r\u00eave intime. Ces po\u00e8mes ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crits en persan et traduits en grec par l&rsquo;auteur lui- m\u00eame. Il s&rsquo;agit donc ici d&rsquo;une traduction au deuxi\u00e8me degr\u00e9 dont j&rsquo;esp\u00e8re qu&rsquo;elle transmettra malgr\u00e9 tout quelque chose de la ferveur am\u00e8re, de la m\u00e9lancolie lucide de ces po\u00e8mes. En ces pays o\u00f9 le soleil ne cesse d&rsquo;\u00eatre meurtri par la violence et par l&rsquo;aveuglement des hommes, ces pays o\u00f9 jadis les dieux eux-m\u00eames pouvaient mourir &#8211; je pense \u00e0 Adonis et \u00e0 Attis &#8211; quitte \u00e0 devoir ressusciter ensuite, en ces pays la po\u00e9sie reste aujourd\u2019hui encore un recours majeur contre la fausse fatalit\u00e9 des guerres et des exils.\u00a0\u00a0C<em>iel sans passeport\u00a0<\/em>baigne tout entier dans ce climat de continuelles et profanes crucifixions qu&rsquo;illumine heureusement l&rsquo;espoir d&rsquo;une possible complicit\u00e9 entre les \u00e9l\u00e9ments et les \u00eatres vivants de ce monde. Une complicit\u00e9 o\u00f9 l&rsquo;oiseau, par exemple, serait nomm\u00e9 le fr\u00e8re du vent.\u00a0\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">Jacques Lacarri\u00e8re<\/p>\n\n\n\n<p>\u2018J\u2019AI SEM\u00c9 des mots sur la page.<br>En jaillit un arbre touffu.<br>Trois arbres, deux lapins blancs<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0une chaise vide.<br>Et mon absence.<br>Po\u00e8mes emmur\u00e9s depuis des ann\u00e9es.<br>Mots suspendus, d\u00e9sirs inaboutis.<br>En l&rsquo;attente.<br>J&rsquo;obture le vide<br>Avec un brin de lune, des po\u00e8mes<br>Ou tes baisers.<br>Tant de tu\u00e9s, de tu\u00e9s, de tu\u00e9s.<br>Comment le ciel cesserait-il son deuil ?<br>La solitude m&rsquo;a rapproch\u00e9 des oiseaux.<br>Et appris \u00e0 voler.<br>M\u00eame l&rsquo;infini peut prendre fin.<br>Pr\u00e9parez les barri\u00e8res.<br>Massacres, ann\u00e9es, cadavres.<br>Vieillesse acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e des m\u00e8res.<br>Les arbres dans le ciel.<br>Le soleil sur la terre.<br>Je m&rsquo;essaie \u00e0 la po\u00e9sie.<br>Mer bleue<br>Avec cinq bateaux naufrag\u00e9s,<br>Trois \u00eeles d&rsquo;or<br>Et une sir\u00e8ne qui peigne ses cheveux.<br>Sur le tableau noir de la nuit<br>\u00c9cris avec un bout de craie<br>Lumi\u00e8re, lumi\u00e8re, lumi\u00e8re.<br>Puisque tu es po\u00e8te.<br>Cadran de l&rsquo;h\u00e9liotrope<br>Dans la main de l&rsquo;\u00e9t\u00e9.<br>Douze heures. Le midi<br>Des oiseaux.<br>Azur inutile<br>Vaine attente<br>Milliers de pierres.<br>Et nos baisers soudain tr\u00e8s vieux.<br>Lumi\u00e8re parcimonieuse.<br>Mille chemins nocturnes<br>D\u00e9sormais devant toi<br>Je regarde dans le miroir<br>Et je te vois.<br>Toi, me vois-tu ?<br>Moi j&rsquo;\u00e9cris.<br>Ma petite s\u0153ur<br>Brode des papillons<br>Dans les marges de mes po\u00e8mes.<br>Une chaise verte<br>Un jardin printanier.<br>Fen\u00eatres closes.<br>Maison obscure.<br>Reviendront-ils ?<br>R\u00e9volutions, guerres, coups d&rsquo;\u00c9tat,<br>Sans cesse, sans cesse, sans cesse.<br>Passe un mendiant aveugle tenant<br>Une cage \u00e0 oiseaux et frappant<br>De son b\u00e2ton le sol nocturne.<br>La statue et moi<br>Avons emprunt\u00e9 les ailes<br>Du moineau pour acc\u00e9der<br>Au ciel inexplicable.<br>Fleurs fan\u00e9es dans le vase.<br>Livres jamais lus.<br>Po\u00e8mes inachev\u00e9s.<br>Et les cl\u00e9s, jet\u00e9es au fond du puits.<br>Le savais-tu ?<br>Celui qui fait signe aux bateaux<br>Ce n&rsquo;est pas le phare<br>C&rsquo;est le gardien du phare.<br>Les mots de mes po\u00e8mes<br>Je les ai appris des astres,<br>Des oiseaux, des feuillages<br>Et des marchands errants.<br>L&rsquo;oiseau est bleu dans le ciel<br>Vert quand il est dans l&rsquo;arbre<br>Et rouge dans ton c\u0153ur.<br>Dans la cage ?<br>Dans la cage, il est sans couleurs.<br>Maisons d\u00e9sertes.<br>Chemins d\u00e9serts.<br>Puits innombrables.<br>Et moi<br>Chu dans le ciel.<br>A chaque halte obscure<br>Entre tes mots,<br>Tu d\u00e9poses une \u00e9toile.<br>Les fleurs de grenadier embrasent le jardin<br>Trois cerfs blancs sont venus \u00e0 la source.<br>Mais le troisi\u00e8me, au lieu de boire,<br>Te d\u00e9visage.<br>Les cl\u00e9s<br>Que ma m\u00e8re portait \u00e0 sa ceinture<br>Savaient les secrets de mes ann\u00e9es d\u2019enfance<br>Et les voies cach\u00e9es de la nuit.<br>Cette lueur secr\u00e8te<br>Enclose au c\u0153ur des mots,<br>La lune dans le puits.<br>Midi br\u00fblant.<br>P\u00e9piements des oiseaux.<br>Pierres.<br>Chute d\u2019une feuille fl\u00e9trie.<br>Et moi,<br>Qui pense \u00e0 Khoramsar.<br>Un rouge-gorge a d\u00e9pos\u00e9<br>Son chant \u00e0 ma fen\u00eatre<br>Et s\u2019est envol\u00e9<br>Silencieux.<br>Ne termine pas ton po\u00e8me.<br>Surtout pas.<br>Pour que l&rsquo;\u00e9toile puisse commencer.<br>\u00c9tranger \u00e0 l\u2019azur<br>\u00c9tranger aux rivi\u00e8res.<br>Cinq pommes au sol<br>Tomb\u00e9es.<br>O\u00f9 aller ?<br>Nous avons oubli\u00e9 trop vite<br>Le pass\u00e9<br>Et ainsi nous avons perdu<br>Le pr\u00e9sent.<br>Trois oiseaux blancs<br>S\u2019envolent ind\u00e9cis<br>Vers le futur.<br>La lune<br>Vieille blessure<br>Au sein<br>Du ciel patriarcal.<br>Je me tais.<br>Mais les mots bruissent en moi.<br>Sur la table un oiseau en papier<br>Se met \u00e0 gazouiller.<br>Nul ne poss\u00e8de d\u2019armes<br>Pour affronter l\u2019obscur :<br>Sauf l&rsquo;\u00e9toile avec ses rayons<br>Et le po\u00e8te avec le po\u00e8me.<br>Exil amer.<br>Aucune lettre, nulle visite.<br>Sauf un moineau<br>Qui s\u2019est pos\u00e9 sur la fen\u00eatre<br>Avec en son bec<br>Un vers de Sappho.<br>Ma patrie est<br>Un ciel sans passeport<br>Sans fronti\u00e8re<br>O\u00f9 j\u2019entre par les chemins de l&rsquo;air.<\/p>\n\n\n\n<p>Fereydoun Faryad,\u00a0<em>Ciel sans passeport<\/em>, traduction Jacques Lacarri\u00e8re<br>Revue\u00a0<em>Caravanes<\/em>\u00a0n\u00b0 7<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De Fereydoun Faryad, n\u00e9 en Iran en 1949 mais install\u00e9 en Gr\u00e8ce depuis plusieurs ann\u00e9es, le po\u00e8te Yannis Ritsos disait que son \u0153uvre l&rsquo;enchanta par sa simplicit\u00e9, sa pr\u00e9cision, son d\u00e9pouillement, son refus des ornementations faciles et factices. \u00ab&nbsp;Bien qu&rsquo;au c\u0153ur de cette simplicit\u00e9, ajoutait-il, surgisse souvent une image d\u00e9concertante qui donne au po\u00e8me un &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/2023\/02\/05\/fereydoun-faryad\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Fereydoun Faryad&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[42],"tags":[],"class_list":["post-2927","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-la-traduction"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2927","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2927"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2927\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2935,"href":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2927\/revisions\/2935"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2927"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2927"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2927"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}