{"id":2654,"date":"2022-03-12T18:26:44","date_gmt":"2022-03-12T17:26:44","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/?p=2654"},"modified":"2022-03-13T19:41:17","modified_gmt":"2022-03-13T18:41:17","slug":"jacques-lacarriere-lenchanteur","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/2022\/03\/12\/jacques-lacarriere-lenchanteur\/","title":{"rendered":"Jacques Lacarri\u00e8re l\u2019enchanteur, par Michel Le Bris"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/Sophie-Bassouls-Jacques-Lacarriere-sur-la-plage-a-Saint-Malo-678x1024.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2656\" width=\"506\" height=\"763\" srcset=\"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/Sophie-Bassouls-Jacques-Lacarriere-sur-la-plage-a-Saint-Malo-678x1024.jpeg 678w, https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/Sophie-Bassouls-Jacques-Lacarriere-sur-la-plage-a-Saint-Malo-199x300.jpeg 199w\" sizes=\"auto, (max-width: 506px) 100vw, 506px\" \/><figcaption>Jacques Lacarri\u00e8re \u00e0 Saint-Malo par Sophie Bassouls, droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab C&rsquo;est un peu d\u00e9licat \u00e0 soutenir devant vous, \u00e0 Saint-Malo, mais je crois que le r\u00eave de l&rsquo;homme n&rsquo;est pas tant de naviguer que de s&rsquo;envoler. Il y a de cela quelques ann\u00e9es j\u2019avais consacr\u00e9 un livre \u00e0 Icare, L\u2019Envol d\u2019Icare. Le pauvre a mal fini, c&rsquo;est vrai, mais l&rsquo;entreprise \u00e9tait grandiose\u2026 \u00bb<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Moment d\u2019\u00e9motion, dans le grand auditorium bond\u00e9. Ma\u00ebtte Chantrel, en ouverture de cette matin\u00e9e du lundi 25 mai 2015 consacr\u00e9e au 25e anniversaire d\u2019\u00c9tonnants Voyageurs, a s\u00e9lectionn\u00e9 quelques images enregistr\u00e9es lors du 10e anniversaire, avec, r\u00e9unis sur un m\u00eame plateau, Jim Harrison, Alvaro Mutis, James Crumley, Paco Ta\u00efbo II, Jean Malaurie, Th\u00e9odore Monod, Jacques Meunier, James Welch \u2013 beaucoup, depuis, en all\u00e9s mais qui nous restent si proches \u2013 et puis l\u2019ami Jacques Lacarri\u00e8re, s\u2019avan\u00e7ant sur la sc\u00e8ne, avec \u00e0 la main le petit album de nos 10 ans tout frais sorti des presses. Combien, dans l\u2019auditorium, ce lundi, \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sents la premi\u00e8re fois ? Et tant d&rsquo;images, pour nous tous, qui affluent alors, le souvenir de rires, d&rsquo;escapades, de discussions jusqu&rsquo;au c\u0153ur de la nuit. Les yeux de Nicolas Bouvier se plissent, malicieux, dans un nuage de fum\u00e9e, Gilles Lapouge, la voix lointaine, r\u00eave au voyage qu&rsquo;il fera peut-\u00eatre vers cette fronti\u00e8re qu&rsquo;il vient de d\u00e9couvrir, d\u00e9limit\u00e9e sur des dizaines de kilom\u00e8tres par une rang\u00e9e de rhododendrons, Jacques Meunier et Pascal Dibie poussent la porte, hilares, garnements ravis de leurs polissonneries apr\u00e8s avoir donn\u00e9 leur spectacle, dans une salle de l\u2019h\u00f4tel Chateaubriand, sur certains rites des Indiens d&rsquo;Amazonie, retransmis imprudemment en direct sur une radio catholique rennaise, tromp\u00e9e par le titre, la responsable presque \u00e0 genoux en pri\u00e8res au fond de la salle tandis que les deux loustics d\u00e9bitaient en un crescendo savamment dos\u00e9 leurs histoires de plus en plus scabreuses sur la sexualit\u00e9 inventive des Amazoniens, Alvaro Mutis qui somnolait sous sa toute nouvelle casquette de marin part d&rsquo;un rire strident, inextinguible, Redmond O\u2019Hanlon, d&rsquo;un geste du bras fait appara\u00eetre sur la table une bouteille de champagne, puis deux, dans quelle poche prodigieuse de sa veste cache-t-il ses bouteilles pour qu\u2019elles sortent ainsi \u00e0 la moindre occasion, et l&rsquo;ami Jacques apr\u00e8s des variations prodigieusement \u00e9rudites sur la coquille du Bernard-l&rsquo;hermite, \u00e9voque \u00e0 mi-voix l\u2019entreprise folle qui fut la sienne le matin m\u00eame et qui faillit se terminer en apoth\u00e9ose, il s&rsquo;en fallut d&rsquo;un rien, d&rsquo;un cheveu, d&rsquo;un souffle d&rsquo;air qui avait manqu\u00e9, au moment essentiel \u2013 l&rsquo;histoire, justement, que Jacques entreprend de raconter, l&rsquo;album \u00e0 la main, dans cette petite s\u00e9quence d\u2019\u00e9vocation du 10e anniversaire :<br>\u2013 La photo que vous voyez est historique ! Ou a failli l&rsquo;\u00eatre\u2026 Il y avait du vent, et j&rsquo;\u00e9tais ce matin-l\u00e0 dans une forme exceptionnelle. Comme Sophie Bassouls, une amie dont j&rsquo;appr\u00e9cie \u00e9norm\u00e9ment le travail, voulait me photographier, je lui ai propos\u00e9 de me suivre : \u00ab Pr\u00e9voyez un long film, car ce que vous allez voir est quelque chose d&rsquo;inou\u00ef ! \u00bb<br>La salle avait retenu son souffle.<br>\u2013 C&rsquo;est pourquoi vous me voyez les bras tendus, un pied d\u00e9j\u00e0 lev\u00e9. Je le sentais, j&rsquo;en \u00e9tais s\u00fbr : j&rsquo;allais m&rsquo;envoler ! Et je ne me suis pas envol\u00e9\u2026 Je me suis longtemps demand\u00e9 s&rsquo;il fallait que j\u2019eusse disparu dans le ciel comme Icare ou que je reste sur terre avec vous\u2026<br>Rires. Applaudissements \u00e9mus. Pourtant, Jacques ne dit pas tout. J&rsquo;\u00e9tais ce jour-l\u00e0 au balcon de ma chambre, \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel Oc\u00e9ania, face \u00e0 la grande plage de Saint-Malo, t\u00e9moin \u00e9merveill\u00e9. Jacques \u00e9tait presque \u00e0 mes pieds, Sophie virevoltait, l\u2019\u0153il coll\u00e9 \u00e0 son Leica. Ce petit matin, oui, tenait du miracle, le soleil naissant allumait des flaques de lumi\u00e8re sur le sable mouill\u00e9, l\u2019air, vif encore, \u00e9tait d\u2019une l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 grisante, j\u2019allais les appeler, tous deux, lorsqu\u2019un souffle un peu plus fort l\u2019avait tout \u00e0 coup soulev\u00e9, emport\u00e9 dans les airs jusqu\u2019au Fort national, avant de le ramener et de le d\u00e9poser dans un soupir, comme si Jacques avait fait le choix, malgr\u00e9 la promesse du ciel offert, de rester parmi nous\u2026 Sophie, t\u00e9moin de toute la sc\u00e8ne, est rest\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent d\u2019une belle discr\u00e9tion, les seules photos parues sont celles des pr\u00e9paratifs, mais je sais qu\u2019elle ne me d\u00e9mentira pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Il fut donc de l\u2019aventure \u00ab \u00c9tonnants Voyageurs \u00bb d\u00e8s la premi\u00e8re \u00e9dition, et n\u2019en manqua pas une seule, comme il fut de l\u2019aventure de la revue Gulliver n\u00e9e en avril 1990, rassemblant nombre des \u00e9crivains qui allaient devenir les amis fid\u00e8les de Saint-Malo autour de cette id\u00e9e d\u2019une litt\u00e9rature \u00ab voyageuse, aventureuse, soucieuse de dire le monde \u00bb. C\u2019est donc tout naturellement qu\u2019il \u00e9tait devenu membre (un membre tr\u00e8s actif, toujours p\u00e9tillant d\u2019id\u00e9es) de l\u2019association. Et le public le retrouvait chaque ann\u00e9e avec bonheur, au caf\u00e9 litt\u00e9raire avec Ma\u00ebtte Chantrel, \u00e0 la Tour des Moulins avec son complice en po\u00e9sie Yvon Le Men, o\u00f9 Sylvia Lipa, sa femme, et lui enchantaient le public par leurs lectures, comme dans de multiples rencontres \u00e9vocations, d\u00e9bats, rencontres, qu\u2019il illuminait de son humour et de son immense \u00e9rudition.<br>\u00ab Illuminait \u00bb : c\u2019est le mot juste. Il \u00e9tait un de ces rares \u00e9crivains qui savaient faire de leur savoir de la lumi\u00e8re. Et nous gardons en souvenir quelques instants de gr\u00e2ce, comme \u00e0 Sarajevo, o\u00f9 il avait boulevers\u00e9 le public par un magnifique hommage \u00e0 Danilo Kis, ou cette \u00abrencontre d\u2019amiti\u00e9 \u00bb autour de Nicolas Bouvier, avec Jacques Meunier et Gilles Lapouge, les complices de toujours \u2013 tant d\u2019autres encore, qu\u2019il faudrait citer\u2026 Il avait la gr\u00e2ce.<br>Un immense \u00e9crivain. Amoureux fou de la si Gr\u00e8ce, bien s\u00fbr, o\u00f9 il avait pass\u00e9 une bonne partie de sa vie, mais aussi de l\u2019Inde, on le sait moins (parti pour l\u2019Inde, il \u00e9tait tomb\u00e9 malade \u00e0 mi-chemin nous racontait-il, et avait ainsi d\u00e9couvert la Gr\u00e8ce, et lorsqu\u2019\u00e0 sa deuxi\u00e8me occasion de la d\u00e9couvrir, il \u00e9tait de nouveau tomb\u00e9 malade, il y avait vu comme un signe) de l\u2019Anatolie, de l\u2019\u00c9gypte, des mondes celtiques (\u00e0 preuve La For\u00eat des songes, fantaisie autour des th\u00e8mes arturiens auquel il tenait beaucoup), passionn\u00e9 par le bouddhisme comme par les gnostiques, il \u00e9tait, au del\u00e0 de la Gr\u00e8ce, profond\u00e9ment, un \u00ab homme du monde \u00bb. La mani\u00e8re fran\u00e7aise de tout cataloguer l\u2019associe quasi exclusivement \u00e0 la Gr\u00e8ce. \u00c0 tort. Reste donc encore \u00e0 prendre la mesure de son projet : \u00e0 travers les cultures, les paysages et les chemins du monde, dessiner les contours d\u2019une m\u00e9taphysique de l\u2019imagination cr\u00e9atrice. Autrement dit : par le travail de l\u2019\u00e9criture, r\u00e9enchanter contin\u00fbment le monde.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est des \u00eatres, ainsi, dont on se dit qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas possible qu&rsquo;on ne les rencontre pas. L&rsquo;essentiel de nos conversations tournait autour de nos livres d&rsquo;\u00e9lections \u2013 Giono, Panait Istrati, pur g\u00e9nie litt\u00e9raire, si peu lu, si mal connu \u2013, tout au plaisir de se d\u00e9couvrir de nouvelles connivences, membres avec Nicolas Bouvier et Gilles Lapouge, pour le coup, d&rsquo;une petite fratrie. Non, tout cela ne tenait pas au hasard\u2026<br>Nos livres d&rsquo;\u00e9lections, et puis la gnose. Pour ceux que le mot effraie : le d\u00e9ploiement de ce qu&rsquo;implique l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une imagination cr\u00e9atrice \u2013 le r\u00e9enchantement possible du monde. Nos chemins, pourtant, avaient \u00e9t\u00e9 si diff\u00e9rents ! Mais cela, sans doute, tenait \u00e0 des \u00e9poques diff\u00e9rentes de d\u00e9couverte : ann\u00e9es 1960 pour lui, o\u00f9 Gurdjieff passait pour un ma\u00eetre \u00e0 penser, comme le romancier-philosophe Raymond Abellio, avant la d\u00e9couverte pour lui d&rsquo;Alexandrie, suivi d\u2019un voyage en Bosnie sur les traces laiss\u00e9es par les Bogomiles ; fin des ann\u00e9es 1970 pour moi, dans l&rsquo;arrachement aux id\u00e9ologies du temps, par la d\u00e9couverte des textes lumineux d\u2019Henry Corbin sur les h\u00e9r\u00e9sies des religions du livre et la co\u00efncidence saisissante entre sa philosophie de l&rsquo;Imagination cr\u00e9atrice et l\u2019intuition profonde du romantisme allemand dans laquelle j&rsquo;\u00e9tais alors plong\u00e9. Mais qu&rsquo;importe la porte ? Compte le chemin dans l&rsquo;espace ouvert au-del\u00e0, o\u00f9 nous nous \u00e9tions trouv\u00e9s.<br>On insiste peu sur cette dimension spirituelle de Jacques Lacarri\u00e8re, aussi j&rsquo;appr\u00e9cie particuli\u00e8rement que ce beau portrait de Florence Forsythe, qui para\u00eet dix ans apr\u00e8s qu\u2019il nous ait quitt\u00e9, en souligne l\u2019importance : elle est capitale et sous-tend toute son \u0153uvre, en ce qu&rsquo;elle implique une id\u00e9e tr\u00e8s forte de la litt\u00e9rature, de ses pouvoirs et de ce qu&rsquo;elle r\u00e9v\u00e8le de nous-m\u00eames. Notre derni\u00e8re conversation \u2013 c&rsquo;\u00e9tait apr\u00e8s le festival 2005, il avait pass\u00e9 quelques jours \u00e0 la maison, se pr\u00e9parant \u00e0 son op\u00e9ration qu&rsquo;on lui disait banale mais qui bien s\u00fbr le pr\u00e9occupait \u2013 avait d\u00e9vi\u00e9e sur un logicien-philosophe, St\u00e9phane Lupasco, \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre consid\u00e9rable et pourtant \u00e0 peu pr\u00e8s ignor\u00e9e. Si le fictif n&rsquo;est pas le vrai il n\u2019est pas non plus le faux, nous disions-nous, il oblige donc \u2013 autrement dit la litt\u00e9rature, la fiction, le po\u00e8me obligent \u2013 \u00e0 penser une logique \u00e0 trois termes et non deux comme le faisait Aristote qui ne voulait conna\u00eetre que le partage du vrai et le faux. Cette logique dite du \u00ab tiers exclu \u00bb devait \u00eatre d\u00e9pass\u00e9e, ou englob\u00e9e, dans une logique plus vaste qui serait d\u00e8s lors du \u00ab tiers inclus \u00bb\u2026 Le nom de Lupasco nous \u00e9tait venu \u00e0 tous deux en m\u00eame temps. Moment d&rsquo;\u00e9tonnement : toi aussi ? Car enfin, qui lisait encore St\u00e9phane Lupasco ? C\u2019\u00e9tait lui, pourtant, qui avait pour la premi\u00e8re fois d\u00e9fendu cette id\u00e9e dans sa \u00ab Logique dynamique des contradictoires \u00bb en m\u00e9ditant notamment sur les implications de la physique quantique. Quantique et po\u00e9tique, \u00e7a sonnait bien, il faisait beau, nous flottions comme en apesanteur sous la tonnelle, dans les odeurs de roses et de seringuas, accompagn\u00e9s par un Chablis d\u00e9lectable, l&rsquo;\u00e9t\u00e9 s&rsquo;annon\u00e7ait d\u00e9j\u00e0 par un changement subtil de la lumi\u00e8re et les mots, les id\u00e9es, divaguaient, tourbillonnaient lib\u00e9r\u00e9s eux aussi des lois de la gravit\u00e9 et dans cet exercice Jacques \u00e9tait un ma\u00eetre. \u00c9tions-nous si loin d&rsquo;\u00c9tonnants voyageurs ? Pas vraiment : cette id\u00e9e des puissances de la litt\u00e9rature n&rsquo;\u00e9tait-elle pas au c\u0153ur m\u00eame du festival ?<br>Non, ce n\u2019\u00e9tait donc pas un hasard si nous nous \u00e9tions trouv\u00e9s. Et pas un hasard, non plus, dans le soir venant \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel Karib\u00e9, en 2012, lors de la 3e \u00e9dition d\u2019\u00c9tonnant voyageurs en Ha\u00efti, si dans une conversation avec Hubert Haddad et Jean-Marie Blas de Robl\u00e8s sur les puissances d\u2019incandescence de la litt\u00e9rature \u00e9taient venus les m\u00eames livres-cl\u00e9s, les m\u00eames r\u00e9f\u00e9rences philosophiques. J\u2019avais r\u00eav\u00e9 alors \u00c9tonnants Voyageurs comme un caravans\u00e9rail vers lequel convergeaient les longues caravanes de voyageurs, de p\u00e8lerins, d\u2019aventuriers, de po\u00e8tes aussi, venus des quatre horizons, o\u00f9 ils se retrouvaient, le temps de quelques jours, de quelques nuits, pour dire les effrois et les merveilles du vaste monde\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Un homme du monde, oui. Aimant la vie, le vin, les amis, bref, le \u00ab bel aujourd\u2019hui \u00bb : la plong\u00e9e dans les cultures du pass\u00e9 n\u2019\u00e9tait pas chez lui un refuge, mais une mani\u00e8re de donner sens, profondeur, intensit\u00e9, couleurs au pr\u00e9sent : \u00ab J\u2019aime le si\u00e8cle ou je suis n\u00e9, disait-il : je m\u2019y sens bien et je n\u2019ai jamais feint, comme tant d\u2019autres, de m\u2019y croire inadapt\u00e9 ou exil\u00e9. \u00bb<br>Pour un num\u00e9ro de la revue Gulliver consacr\u00e9e \u00e0 la litt\u00e9rature de voyage, il avait propos\u00e9 cette introduction, qui le r\u00e9sume si bien : \u00ab Le but du voyage ? Aucun, si ce n&rsquo;est de perdre son temps le plus f\u00e9eriquement possible. Se vider, se d\u00e9nuder et, une fois vide et nu, s&#8217;emplir de saveurs et de savoirs nouveaux. Se sentir proche des Lointains et consanguin des Diff\u00e9rents. Se sentir chez soi dans la coquille des autres. Comme un bernard-l&rsquo;hermite. Mais un bernard-l&rsquo;hermite plan\u00e9taire. Ainsi pourrait-on d\u00e9finir l&rsquo;\u00e9crivain-voyageur : \u201cCrustac\u00e9 parlant dont l&rsquo;esprit, d\u00e9pourvu de carapace identitaire, se sent spontan\u00e9ment chez lui dans la culture des autres.\u201c\u00bb<br>Jacques Lacarri\u00e8re l\u2019enchanteur.<\/p>\n\n\n\n<p>Michel Le Bris<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab C&rsquo;est un peu d\u00e9licat \u00e0 soutenir devant vous, \u00e0 Saint-Malo, mais je crois que le r\u00eave de l&rsquo;homme n&rsquo;est pas tant de naviguer que de s&rsquo;envoler. Il y a de cela quelques ann\u00e9es j\u2019avais consacr\u00e9 un livre \u00e0 Icare, L\u2019Envol d\u2019Icare. Le pauvre a mal fini, c&rsquo;est vrai, mais l&rsquo;entreprise \u00e9tait grandiose\u2026 \u00bb Moment &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/2022\/03\/12\/jacques-lacarriere-lenchanteur\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Jacques Lacarri\u00e8re l\u2019enchanteur, par Michel Le Bris&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[39],"tags":[],"class_list":["post-2654","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-le-festival-etonnants-voyageurs"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2654","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2654"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2654\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2658,"href":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2654\/revisions\/2658"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2654"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2654"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2654"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}