{"id":2553,"date":"2021-11-18T17:36:01","date_gmt":"2021-11-18T16:36:01","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/?p=2553"},"modified":"2021-11-18T17:36:01","modified_gmt":"2021-11-18T16:36:01","slug":"recits-en-terre-grecque","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/2021\/11\/18\/recits-en-terre-grecque\/","title":{"rendered":"R\u00e9cits en terre grecque"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/CF-Portait-JL-Philippe-Matsas-Opale-1024x608.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2554\" width=\"674\" height=\"400\" srcset=\"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/CF-Portait-JL-Philippe-Matsas-Opale-1024x608.jpg 1024w, https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/CF-Portait-JL-Philippe-Matsas-Opale-300x178.jpg 300w, https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/CF-Portait-JL-Philippe-Matsas-Opale-768x456.jpg 768w, https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/CF-Portait-JL-Philippe-Matsas-Opale.jpg 1212w\" sizes=\"auto, (max-width: 674px) 100vw, 674px\" \/><figcaption>Portait par Philippe Matsas Opale<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-preformatted\"><em>Au printemps 2005, Jacques Lacarri\u00e8re est l\u2019un des coordinateurs de la conf\u00e9rence internationale que la\u00a0<\/em>BNF <em>organise autour de l\u2019exposition d\u00e9di\u00e9e \u00e0\u00a0<\/em>Terre humaine<em>.<\/em><\/pre>\n\n\n\n<p>Propos recueillis par Florence Groshens pour <em>Chroniques<\/em><br><em>Terre Humaine,\u00a0<\/em>une aventure \u00e9ditoriale et scientifique.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Chroniques<\/strong>&nbsp;: Quelles furent les circonstances de la publication de&nbsp;<em>L&rsquo;\u00c9t\u00e9 grec<\/em>&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jacques Lacarri\u00e8re<\/strong>&nbsp;: Jean Malaurie me contacta en 1969 pour me demander d&rsquo;\u00e9crire sur la Gr\u00e8ce, pour la collection&nbsp;<em>Terre Humaine<\/em>. Je me souviens lui avoir r\u00e9pondu : \u00ab Je suis flatt\u00e9 de cette proposition, mais je ne suis pas du tout ethnologue. \u00bb Ce \u00e0 quoi il r\u00e9pliqua : \u00ab Justement ! Je ne cherche pas le travail d&rsquo;un sp\u00e9cialiste de la Gr\u00e8ce, mais votre vision \u00e0 vous, celle d\u2019un hell\u00e9niste, avant tout \u00e9crivain, voyageur, po\u00e8te et aussi militant engag\u00e9. \u00bb \u00c0 l\u2019\u00e9poque, la Gr\u00e8ce \u00e9tait sous la dictature de colonels fascistes qui avaient pris le pouvoir en avril 1967. C\u2019est la raison pour laquelle j\u2019avais regagn\u00e9 la France. Il n&rsquo;\u00e9tait plus question pour moi de retourner en Gr\u00e8ce : aux c\u00f4t\u00e9s des \u00e9tudiants et des r\u00e9fugi\u00e9s grecs en exil, nous avions cr\u00e9\u00e9 une revue d\u2019information et de r\u00e9sistance \u00e0 la dictature. J\u2019ai bien s\u00fbr accept\u00e9 la proposition de Jean Malaurie. Une chose me tracassait : la Gr\u00e8ce avait eu, avant moi, des centaines de voyageurs et d&rsquo;\u00e9crivains qui l\u2019avaient d\u00e9crite en d\u00e9tail ! Il est vrai que J&rsquo;\u00e9tais le seul \u00e0 l\u2019avoir connue lors des ann\u00e9es de \u00ab l\u2019apr\u00e8s-guerre \u00bb o\u00f9 elle sortait d\u2019une guerre civile meurtri\u00e8re. Je fus le premier \u00e9tranger \u00e0 d\u00e9barquer \u00e0 Corfou en 1950. Jusqu&rsquo;en 1966, j&rsquo;ai parcouru le pays en toute libert\u00e9, de la Cr\u00e8te au mont Athos, des \u00eeles des Cyclades \u00e0 Olympie ou \u00e0 Ithaque, s\u00e9journant dans certains lieux comme l\u2019\u00eele d&rsquo;Hydra ou celle d\u2019Amorgos. J\u2019\u00e9crivais des notes personnelles, des po\u00e8mes, des notes \u00ab savantes \u00bb ou descriptives, sans la moindre id\u00e9e de publication. Ce qui me permit de rencontrer une Gr\u00e8ce authentique, c\u2019est que\u2026j&rsquo;\u00e9tais sans ressources pr\u00e9cises.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Chroniques<\/strong>&nbsp;: Vous d\u00e9crivez un va-et-vient constant entre le pass\u00e9 et le pr\u00e9sent, la Gr\u00e8ce d\u2019Hom\u00e8re, la Gr\u00e8ce byzantine et celle d\u2019aujourd\u2019hui. L&rsquo;un des int\u00e9r\u00eats de&nbsp;<em>L\u2019\u00c9t\u00e9 grec<\/em>&nbsp;est-il de montrer les liens entre ces diff\u00e9rentes \u00ab Gr\u00e8ces \u00bb ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jacques Lacarri\u00e8re&nbsp;<\/strong>: Il y a en France une sorte de \u00ab scann\u00e9risation \u00bb des travaux sur les civilisations d\u2019autrefois. Pour ceux qu\u2019on nomme hell\u00e9nistes, la Gr\u00e8ce s&rsquo;arr\u00eate en g\u00e9n\u00e9ral au V<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle apr\u00e8s J.-C., quand l\u2019empereur Justinien ferme d\u00e9finitivement l\u2019acad\u00e9mie d\u2019Ath\u00e8nes. Les byzantinologues prennent la rel\u00e8ve avec la Gr\u00e8ce chr\u00e9tienne jusqu\u2019\u00e0 son effondrement avec la prise de Constantinople par les Ottomans, en 1453. Ensuite, il y a quatre si\u00e8cles de total effacement jusqu&rsquo;\u00e0 ce que la Gr\u00e8ce reprenne vie, en 1830. Vient alors le temps des n\u00e9o-hell\u00e9nistes. Je n\u2019ai jamais voulu de ce compartimentage. Si la Gr\u00e8ce existe encore, c\u2019est parce que sa langue n\u2019a cess\u00e9 d\u2019\u00eatre parl\u00e9e depuis quarante si\u00e8cles avec tous les changements que subit une langue vivante. J\u2019ai traduit aussi bien des textes antiques \u2014 Sophocle, H\u00e9rodote, les Hymnes orphiques\u2014ainsi que des chroniques byzantines, des chants populaires du temps de la Guerre d\u2019ind\u00e9pendance et des po\u00e8tes surr\u00e9alistes modernes. \u00ab Il n&rsquo;y a qu\u2019une seule Gr\u00e8ce puisqu&rsquo;il n\u2019y a qu\u2019un seul peuple et une seule langue \u00bb, disait le po\u00e8te Georges S\u00e9f\u00e9ris, que j&rsquo;ai traduit en 1963, et qui eut alors le prix Nobel.&nbsp;<em>L\u2019\u00c9t\u00e9 grec<\/em>&nbsp;est au fond le r\u00e9cit personnel, aussi pr\u00e9cis et po\u00e9tique que possible, de ce fil ininterrompu et de l&rsquo;exp\u00e9rience humaine et personnelle que j\u2019en ai eue.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Chroniques<\/strong>&nbsp;: Selon vous, le lien fondamental entre la Gr\u00e8ce antique, byzantine et contemporaine, est la langue grecque.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jacques Lacarri\u00e8re<\/strong>&nbsp;: Le po\u00e8te Odyssea Elytis (Prix Nobel, 1979), que j&rsquo;ai traduit, a cit\u00e9 au cours de son allocution des mots grecs courants&nbsp;: Ouranos, le ciel ; Thalassa, la mer ; Dromos, le chemin ; Sophia, la sagesse ; Anthropos, l\u2019homme) qui sont les m\u00eames depuis Hom\u00e8re ! N&rsquo;oublions pas que les \u00c9vangiles sont \u00e9crits en grec. La Gr\u00e8ce est le seul pays qui a connu la mutation du christianisme sans avoir \u00e0 changer de langue. C\u2019est m\u00eame l\u00e0 l\u2019origine du mot&nbsp;\u00ab&nbsp;orthodoxe \u00bb qui signifie \u00ab croyance droite \u00bb, mais aussi \u00ab ligne droite \u00bb. Sans oublier que le grec continue d\u2019alimenter le lexique de toutes les sciences de ce si\u00e8cle, qu\u2019il s&rsquo;agisse des sciences humaines (anthropologie, ethnologie) ou des sciences physiques et naturelles comme la zoologie et l&rsquo;astronomie. L&rsquo;informatique paie aussi son tribut au grec avec le mot&nbsp;&nbsp;\u00ab&nbsp;cybern\u00e9tique \u00bb emprunt\u00e9 par le savant am\u00e9ricain Norbert Wiener au trait\u00e9 d\u2019Aristote&nbsp;<em>Le Politique<\/em>. La langue reste ce film interrompu qui relie Hom\u00e8re aux po\u00e8tes grecs d&rsquo;aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Chroniques<\/strong>&nbsp;: Qu&rsquo;en est-il de la Gr\u00e8ce de 2004 ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jacques Lacarri\u00e8re\u00a0<\/strong>: La Gr\u00e8ce de 2004, celle des Jeux olympiques, a effectu\u00e9 une nouvelle avanc\u00e9e vers l\u2019Europe. J&rsquo;ai eu l\u2019occasion, au mois de f\u00e9vrier, de rencontrer les \u00e9tudiants du nouveau campus universitaire de la banlieue d\u2019Ath\u00e8nes : je n\u2019ai vu chez eux aucune diff\u00e9rence avec les \u00e9tudiants de n\u2019importe quelle universit\u00e9 europ\u00e9enne.<br>J&rsquo;ai connu un pays dur, exsangue : la Gr\u00e8ce d\u2019apr\u00e8s-guerre. J&rsquo;ai connu ensuite un pays convalescent apr\u00e8s la chute des colonels. La Gr\u00e8ce d\u2019aujourd\u2019hui, bien qu\u2019elle se sente plus un pays balkanique que m\u00e9diterran\u00e9en, sait qu&rsquo;elle appartient pleinement \u00e0 l\u2019Europe. Notons que ce nom lui aussi est grec, celui d\u2019une princesse ph\u00e9nicienne enlev\u00e9e par Zeus jusqu\u2019en Cr\u00e8te par la voie des mers !<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au printemps 2005, Jacques Lacarri\u00e8re est l\u2019un des coordinateurs de la conf\u00e9rence internationale que la\u00a0BNF organise autour de l\u2019exposition d\u00e9di\u00e9e \u00e0\u00a0Terre humaine. Propos recueillis par Florence Groshens pour ChroniquesTerre Humaine,\u00a0une aventure \u00e9ditoriale et scientifique. Chroniques&nbsp;: Quelles furent les circonstances de la publication de&nbsp;L&rsquo;\u00c9t\u00e9 grec&nbsp;? 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