{"id":2244,"date":"2020-08-27T19:28:04","date_gmt":"2020-08-27T17:28:04","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/?p=2244"},"modified":"2020-09-05T11:45:03","modified_gmt":"2020-09-05T09:45:03","slug":"alekos-fassianos","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/2020\/08\/27\/alekos-fassianos\/","title":{"rendered":"Alekos Fassianos"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/CF-Fassianos-Lumiere-dApollon-2000-scaled-e1598549923323-659x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2248\" width=\"321\" height=\"499\" srcset=\"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/CF-Fassianos-Lumiere-dApollon-2000-scaled-e1598549923323-659x1024.jpg 659w, https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/CF-Fassianos-Lumiere-dApollon-2000-scaled-e1598549923323-193x300.jpg 193w, https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/CF-Fassianos-Lumiere-dApollon-2000-scaled-e1598549923323-768x1193.jpg 768w, https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/CF-Fassianos-Lumiere-dApollon-2000-scaled-e1598549923323-989x1536.jpg 989w, https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/CF-Fassianos-Lumiere-dApollon-2000-scaled-e1598549923323-1318x2048.jpg 1318w, https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/CF-Fassianos-Lumiere-dApollon-2000-scaled-e1598549923323.jpg 1648w\" sizes=\"auto, (max-width: 321px) 100vw, 321px\" \/><figcaption>Lumi\u00e8re d&rsquo;Apollon DR<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Un th\u00e9\u00e2tre d&rsquo;ombres. Des ombres qui n\u2019ont pas besoin d&rsquo;\u00e9cran ni d&rsquo;histoire qui n\u2019ont ni nom ni g\u00e9n\u00e9alogie, un th\u00e9\u00e2tre d&rsquo;ombres libres et nues, anonymes et autonomes, affranchies des servitudes du relief et de la perspective (et donc de l&rsquo;obligation de faire elles-m\u00eames de l\u2019ombre !) tel est l\u2019univers de Fassianos. Des ombres apparemment heureuses qui donnent parfois l&rsquo;impression de flotter dans l\u2019espace comme des nuages \u00e0 forme humaine et qui, \u00e0 d\u2019autres moments, apparaissent comme des silhouettes massives, ancr\u00e9es dans la r\u00e9alit\u00e9 du pr\u00e9sent. La plupart habitent un pays qui pourrait bien \u00eatre la Gr\u00e8ce mais une Gr\u00e8ce r\u00e9duite \u00e0 deux dimensions et \u00e0 quelques couleurs \u00e9l\u00e9mentaires, comme celles des vases antiques. Comme sur ces vases antiques, les figures modernes de Fassianos sont saisies dans un perp\u00e9tuel contre-jour qui les rend \u00e0 la fois pr\u00e9cises et intemporelles.<\/p>\n\n\n\n<p>Beaucoup de figures rouges antiques se d\u00e9coupent sur un fond noir uni, sur la nuit imm\u00e9moriale qui vit jaillir les premi\u00e8res formes humaines. Les figures de Fassianos elles, se d\u00e9coupent le plus souvent sur un fond blanc uni qui vit ou exprime l&rsquo;\u00e9ternel pr\u00e9sent de leur vie. Car ces figures, je le r\u00e9p\u00e8te, ne racontent aucune histoire et encore moins une quelconque \u00e9pop\u00e9e, elles n\u2019ont ni pass\u00e9 ni futur, elles occupent \u00e0 plein temps le pr\u00e9sent imm\u00e9diat l&rsquo;instant p\u00e9trifi\u00e9 de leurs gestes, comme les images d\u2019un film brusquement arr\u00eat\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Oui, elles habitent un pays qui pourrait bien \u00eatre la Gr\u00e8ce, en tout cas un pays lumineux, estival et surtout un pays a\u00e9r\u00e9, a\u00e9rien, un pays \u00e9olien.<\/p>\n\n\n\n<p>Avez-vous remarqu\u00e9 que le vent souffle tr\u00e8s souvent dans ces \u0153uvres, \u00e9bouriffant la chevelure des personnages et gonflant leurs amples v\u00eatements, un vent venu peut-\u00eatre du fond des mythes et qui serait le discret et presque invisible rappel de la l\u00e9gende d\u2019\u00c9ole, un clin d&rsquo;\u0153il de la modernit\u00e9 vers l&rsquo;anc\u00eatre antique. Car si beaucoup de choses, d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments ont vieilli entre la Gr\u00e8ce d&rsquo;autrefois et celle d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, deux d\u2019entre eux sont rest\u00e9s les m\u00eames : les odeurs de la terre et le vent.<\/p>\n\n\n\n<p>Le vent n&rsquo;a jamais d&rsquo;\u00e2ge et c&rsquo;est pourquoi il n\u2019a jamais de forme pr\u00e9cise. Donner au vent un visage, c\u2019est lui donner un \u00e2ge. C\u2019est bien le m\u00eame vent qui passe dans les pages de l&rsquo;Odyss\u00e9e, qui enfle dans les voiles du bateau d&rsquo;Ulysse lorsqu&rsquo;il rencontre les Sir\u00e8nes et qui d\u00e9coiffe les personnages &#8211; si modernes &#8211; de Fassianos. Ils n&rsquo;ont pas d&rsquo;\u00e2ge, eux non plus, parce qu\u2019ils habitent un espace anachronique, comme celui des cartes \u00e0 jouer et des blasons. Je dis \u201cblason\u201d car dans l\u2019ensemble, l&rsquo;univers de Fassianos se r\u00e9sume \u00e0 quelques th\u00e8mes, objets, mat\u00e9riaux et symboles \u00e9l\u00e9mentaires. Quand je dis \u201c\u00e9l\u00e9mentaire\u201d je ne veux pas dire pauvre ou na\u00eff, mais des objets, des symboles qui se suffisent \u00e0 eux-m\u00eames pour composer, d\u00e9composer, recomposer avec ces \u00e9l\u00e9ments simples, un nombre infini de figures, de repr\u00e9sentations, de moments particuliers. \u00c0 la facon d\u2019un kaleidoscope.<\/p>\n\n\n\n<p>Ou encore de la m\u00eame fa\u00e7on qu&rsquo;Elytis lorsqu&rsquo;il \u00e9crit dans Mes math\u00e9matiques sup\u00e9rieures :<\/p>\n\n\n\n<p>\u201cUn olivier.<\/p>\n\n\n\n<p>Une vigne.<\/p>\n\n\n\n<p>Un bateau.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec ces \u00e9l\u00e9ments, vous pouvez d\u00e9composer la Gr\u00e8ce.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Et donc vous pouvez aussi la recomposer\u201d<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ainsi, \u00e0 mon sens, qu&rsquo;op\u00e8re Fassianos : non pas en puisant \u00e0 des sources chaque fois diff\u00e9rentes mais au contraire en assemblant de fa\u00e7on chaque fois diff\u00e9rente les pi\u00e8ces, c\u2019est \u00e0 dire les objets et les personnages \u2013 de son damier pictural. Cela pourrait para\u00eetre r\u00e9p\u00e9titif et fastidieux si Fassianos se contentait de combiner et de recombiner les m\u00eames \u00e9l\u00e9ments de son blason. Mais il se trouve que ces personnages, ces figurants d\u2019un th\u00e9\u00e2tre muet, ces acteurs d\u2019un film arr\u00eat\u00e9, bref ces ombres sugg\u00e8rent, malgr\u00e9 leur caract\u00e8re unidimensionnel, un monde le plus souvent sensuel, langoureux et voluptueux, un monde \u00e0 l\u2019or\u00e9e du r\u00eave aussi, o\u00f9 la beaut\u00e9 passe comme au ralenti, sans urgence et sans pesanteur, avec la m\u00eame fid\u00e9lit\u00e9 et la m\u00eame sensualit\u00e9 que le vent \u00e0 travers les \u00e9tendues et les langueurs du sommeil. Car ces ombres r\u00eavent quelquefois.<\/p>\n\n\n\n<p>A quoi peut bien r\u00eaver une ombre ?<\/p>\n\n\n\n<p>Peut-\u00eatre \u00e0 ce pays pr\u00e9cieux et tr\u00e8s ancien dont parle Platon et o\u00f9 les hommes n&rsquo;avaient encore que deux dimensions comme les personnages des vases ? Ce pays du bonheur encore sans \u00e9paisseur ? Ce sont eux finalement ces fant\u00f4mes de jadis qui survivent aujourd&rsquo;hui dans cette \u0153uvre et portent jusqu\u2019\u00e0 nous, jusqu\u2019\u00e0 notre brutale, bruyante modernit\u00e9, la gr\u00e2ce et la l\u00e9geret\u00e9 des nuages humains de Fassianos.<\/p>\n\n\n\n<p>Jacques Lacarri\u00e8re<\/p>\n\n\n\n<p>Galerie Rachlin &#8211; Lemari\u00e9 Paris, pour l\u2019exposition \u00ab&nbsp;La mythologie au quotidien&nbsp;\u00bb &nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un th\u00e9\u00e2tre d&rsquo;ombres. 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