{"id":1221,"date":"2006-06-04T22:51:02","date_gmt":"2006-06-04T20:51:02","guid":{"rendered":"http:\/\/localhost:8888\/site\/?p=1221"},"modified":"2019-06-10T19:41:17","modified_gmt":"2019-06-10T17:41:17","slug":"aime-cesaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/2006\/06\/04\/aime-cesaire\/","title":{"rendered":"Aim\u00e9 C\u00e9saire"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"223\" height=\"282\" src=\"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-content\/uploads\/2006\/06\/cesaire.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1272\"\/><figcaption><em>\u00ab\u00a0L\u2019\u0153uvre de l\u2019homme vient seulement de commencer\u00a0\u00bb<\/em><br><em>Aim\u00e9 C\u00e9saire\u00a0<\/em><br><br><em>Ce que je dois \u00e0 Aim\u00e9 C\u00e9saire \/ Jacques Lacarri\u00e8re\u00a0; dessins de Wifredo Lam. &#8211; Paris\u00a0: Bibliophane-Daniel Radford, 2004.\u00a0<\/em><br><em>Jacques Lacarri\u00e8re \u00e9voque la d\u00e9couverte qu&rsquo;il fit, en 1947, du \u00ab\u00a0Cahier d&rsquo;un retour au pays natal\u00a0\u00bb\u00a0\u00a0\u2026 et le bouleversement qui s&rsquo;en suivit\u00a0: \u00ab\u00a0je me mis aussit\u00f4t \u00e0 feuilleter le livre et sentis tr\u00e8s vite en tout mon corps les m\u00eames effets, oui, exactement les m\u00eames effets que ceux d&rsquo;une piq\u00fbre de gu\u00eape, un jour de canicule\u00a0: br\u00fblure, rougeur et tremblement\u00a0\u00bb<\/em><br><em>EXTRAITS<\/em><br><em>Le Hasard, est-il besoin de le pr\u00e9ciser, \u00e9tait notre seul ma\u00eetre et c&rsquo;est Lui, j&rsquo;en suis s\u00fbr, qui dirigea mes pas, un jour d&rsquo;automne 1947, vers une librairie du Quartier latin o\u00f9 je d\u00e9couvris l&rsquo;ouvrage d&rsquo;un inconnu nomm\u00e9 Aim\u00e9 C\u00e9saire, intitul\u00e9 Cahier d&rsquo;un retour au pays natal. Je me mis aussit\u00f4t \u00e0 feuilleter le livre et sentis tr\u00e8s vite en tout mon corps les m\u00eames effets que ceux d&rsquo;une piq\u00fbre de gu\u00eape, un jour de canicule : br\u00fblure, rougeur et tremblement. La d\u00e9couverte du Cahier en cet automne 1947 eut un autre effet, moins irritant que celui d&rsquo;une piq\u00fbre de gu\u00eape mais bien plus radical : me r\u00e9v\u00e9ler d\u00e8s les premi\u00e8res pages les pouvoirs et les magies insoup\u00e7onn\u00e9s de ma propre langue : ce n&rsquo;\u00e9tait pas seulement un po\u00e8me que je tenais entre mes mains, mais un texte de feu, un brasier, un br\u00fblot.<\/em><br><em>(\u2026)Je ne cessais de m&rsquo;\u00e9tonner que ces mots surprenants \u2014 dont beaucoup m&rsquo;\u00e9taient inconnus \u2014 ces images sensuelles et somptueuses, ces d\u00e9cha\u00eenements et ces d\u00e9chirements du langage, cette \u00e9criture aux limites de l&rsquo;incandescence, de l&rsquo;\u00e9ruption verbale, que tout cela ait \u00e9t\u00e9 dit, \u00e9crit, proclam\u00e9, d\u00e9clam\u00e9 dans ma langue, une langue parfaitement, \u00e9minemment reconnaissable et ma\u00eetris\u00e9e mais comme renouvel\u00e9e, je dirais m\u00eame r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9e, une langue-s\u0153ur venue des antipodes.<\/em><br><em>(\u2026)\u00a0: que voit-on si l\u2019on se met au centre d\u2019un po\u00e8me\u00a0? En 1949, deux ans, donc, apr\u00e8s la d\u00e9couverte du Cahier, j\u2019\u00e9crivis un texte qui \u00e9tait \u00e0 sa fa\u00e7on et pr\u00e9matur\u00e9ment une r\u00e9ponse \u00e0 cette interrogation. Texte que je d\u00e9diai int\u00e9rieurement \u00e0 Aim\u00e9 C\u00e9saire sans jamais lui en avoir fait part. Voici donc l\u2019occasion tardive certes mais des plus opportunes, de pouvoir enfin rendre \u00e0 C\u00e9saire tout ce que je lui dois.<\/em><br><em>Pour Aim\u00e9 C\u00e9saire<\/em><br><em>Si quelque chose devait se r\u00e9v\u00e9ler<\/em><br><em>Ce serait le tribut qu\u2019on r\u00e9clame aux esclaves<\/em><br><em>Ce travail fait de sang et de gestes battus.<\/em><br><em>Je ne veux plus qu\u2019un seul chemin<\/em><br><em>Et le silence o\u00f9 me terrer<\/em><br><em>Et une voile venue \u00e0 pas de vent<\/em><br><em>Et une gal\u00e8re \u00e9ventr\u00e9e sur la gr\u00e8ve<\/em><br><em>Ouverte aux canicules des r\u00e9voltes.<\/em><br><em>Mes mots ont la teneur des terres cuites sans tendresse<\/em><br><em>Et je sais que je plaide pour un paradis condamn\u00e9<\/em><br><em>Instruit de l\u2019attirante et perfide ordonnance<\/em><br><em>D\u2019une campagne ensoleill\u00e9e quand la Destin\u00e9e s\u2019y prom\u00e8ne.<\/em><br><em>Entre les mots, entre les morts<\/em><br><em>Ne le voyez-vous pas<\/em><br><em>Il n\u2019y a plus que l\u2019air d\u2019o\u00f9 s\u2019absente la vie.<\/em><br><em>Connaissance d\u2019Aim\u00e9 C\u00e9saire<\/em><br><br><br><em>(\u2026)Jacques Lacarri\u00e8re met \u00e0 peu pr\u00e8s soixante ans pour dire le jour de sa seconde naissance. Ce fut en 1947, dans le Quartier Latin tout autant que sur les rives de la Loire ou, plut\u00f4t, le Loir \u2014\u00a0le Liger, en latin\u00a0\u2014, puisque Jacques Lacarri\u00e8re tient \u00e0 le faire rimer avec le Niger\u00a01, fleuve mythique de l\u2019Afrique occidentale, si cher au pass\u00e9 non moins mythique du po\u00e8te martiniquais.<\/em><br><em>Il n\u2019est pas de naissance sans renaissance\u00a0; Jacques Lacarri\u00e8re le confesse en ces termes\u00a0:<\/em><br><em>\u00ab\u00a0Revenons donc \u00e0 ce Cahier et au jour de la premi\u00e8re lecture. Il est toujours difficile de se rem\u00e9morer avec pr\u00e9cision la gen\u00e8se d\u2019une m\u00e9tamorphose ou m\u00eame de sa propre naissance. La mienne, la po\u00e9tique veux-je dire, fut c\u00e9sairienne. Et si je ne peux me souvenir, m\u00eame impr\u00e9cis\u00e9ment, fortuitement, infiniment, du cri primal pouss\u00e9 lors de la premi\u00e8re, je me souviens aujourd\u2019hui encore du silence qui suivit la seconde. Car c\u2019est cela qui caract\u00e9rise une seconde naissance\u00a0: le silence qui suit sa r\u00e9v\u00e9lation\u00a0\u00bb.<\/em><br><em>Voil\u00e0 l\u2019aveu que fait cette \u00e2me grecque, je veux dire le manifeste dont seul est capable un obst\u00e9tricien inform\u00e9 des limites de sa science. Jacques Lacarri\u00e8re t\u00e9moigne tout autant de l\u2019accouch\u00e9 que de l\u2019ac\u00adcoucheur, du t\u00e9moignage que du t\u00e9moin. Tout au long de son essai-hommage, il commente et s\u2019identifie \u00e0 Aim\u00e9 C\u00e9saire.\u00a0<\/em><br><em>Nimrod<\/em><br><em>(\u2026)Je n\u2019imaginais pas que\u00a0 \u00ab\u00a0le Cahier\u00a0\u00bb avait pu jouer, dans son parcours d\u2019\u00e9crivain, un r\u00f4le si fondamental. Je ne savais pas qu\u2019il avait fait, si t\u00f4t, ce voyage en po\u00e9sie et voil\u00e0 que Jacques renaissait, une fois encore, nouveau. Et l\u00e0 d\u2019autant plus proche que nous pouvions \u00e9changer, \u00e0 tant d\u2019ann\u00e9es d\u2019intervalle, sur cette exp\u00e9rience en quelque part commune.<\/em><br><em>Jacques est devenu au m\u00eame instant l\u2019a\u00een\u00e9 et le fr\u00e8re en ce pays dont C\u00e9saire fut le guide. \u00ab\u00a0Ce que je dois \u00e0 Aim\u00e9 C\u00e9saire\u00a0\u00bb, son livre au format carr\u00e9, a rejoint \u00ab\u00a0Le Cahier du retour au pays natal\u00a0\u00bb, de m\u00eame taille, sur ma chemin\u00e9e. Tous deux dispensent cette chaleur de chaque jour par leur compagnonnage incandescent.<\/em><br><em>Val\u00e9rie Marin La Mesl\u00e9e<\/em><br><em>Les textes de Nimrod et Val\u00e9rie Marin La Mesl\u00e9e ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crits pour le premier \u00ab\u00a0Cahier Jacques Lacarri\u00e8re\u00a0\u00bb sur le th\u00e8me de \u00ab\u00a0Naissances\u00a0\u00bb qui devrait para\u00eetre \u00e0 l\u2019automne.<\/em><br><em>Nimrod est po\u00e8te, essayiste et romancier. Il a publi\u00e9 aux \u00e9ditions Actes Sud, trois romans\u00a0: Les jambes d\u2019Alice (2001, Babel 2008 et Le Bal des princes 2008) et le D\u00e9part (2005), ainsi qu\u2019un recueil d\u2019 essais intitul\u00e9 La Nouvelle Chose fran\u00e7aise (2008). Sa po\u00e9sie est publi\u00e9e aux \u00e9ditions Obsidiane.\u00a0<\/em><br><em>Val\u00e9rie Marin La Mesl\u00e9e est journaliste litt\u00e9raire.<\/em><br><br><br><em>(\u2026)Un beau jour de 1947, dans une librairie du Quartier latin, Jacques Lacarri\u00e8re d\u00e9couvrit par hasard l\u2019ouvrage d\u2019un inconnu nomm\u00e9 Aim\u00e9 C\u00e9saire, Cahier d\u2019un retour au pays natal. Ce fut une r\u00e9v\u00e9lation. Plus qu\u2019un style il y rencontra une \u00ab\u00a0langue flamboyante et m\u00eame fulgurante, qui n\u2019a que faire des conventions et biens\u00e9ances acad\u00e9miques\u00a0\u00bb. Plus qu\u2019un po\u00e8me, c\u2019est\u00a0\u00ab\u00a0le ton et l\u2019imp\u00e9tuosit\u00e9 d\u2019un manifeste\u00a0\u00bb qui le marqu\u00e8rent \u00e0 tout jamais. Jacques Lacarri\u00e8re qui, dans un petit livre incandescent, paie sa dette au po\u00e8te martiniquais Aim\u00e9 C\u00e9saire&#8230; Dans l&rsquo;ouvrage capital de C\u00e9saire, l&rsquo;enfant de l&rsquo;Orl\u00e9anais et de Du Bellay ne d\u00e9couvre pas seulement Fort-de-France et la lautr\u00e9amontesque Martinique, il mesure aussi l&rsquo;\u00e9tendue, la profondeur, la richesse, la puissance volcanique, les audaces de sa propre langue. Il ramasse, comme autant de p\u00e9pites, des mots de lui inconnus : \u00absisal\u00bb, \u00abpatyura\u00bb, \u00abc\u00e9cropies\u00bb, \u00abmenfeuil\u00bb, \u00abchal\u00e9sie\u00bb, \u00absapotilles\u00bb, \u00abpahouine\u00bb. Il est fascin\u00e9 par de myst\u00e9rieuses alliances lexicales : \u00able fleuve de tourterelles et de tr\u00e8fles de la savane\u00bb, \u00e9bloui par des mariages m\u00e9taphoriques, telle cette \u00abexaltation r\u00e9concili\u00e9e de l&rsquo;antilope et de l&rsquo;\u00e9toile\u00bb. Il comprend enfin qu&rsquo;un grand po\u00e8me doit \u00eatre total, \u00e0 la fois chant et manifeste, magnificat et requiem, vie et tombeau, rire et combat, r\u00e9volution et r\u00e9demption. Il s&rsquo;est trouv\u00e9 un ma\u00eetre en s\u00e9dition et un professeur de c\u00e9l\u00e9bration. Lacarri\u00e8re \u00e9tait un po\u00e8te lig\u00e9rien et inaccompli que son a\u00een\u00e9 antillais a m\u00e9tamorphos\u00e9 et, par le miracle d&rsquo;une \u00ab\u00e9criture d\u00e9sesclav\u00e9e\u00bb, soudain lib\u00e9r\u00e9. Ce petit livre est, pour reprendre une image de C\u00e9saire, une des \u00abfra\u00eeches oasis de la fraternit\u00e9\u00bb que r\u00e9serve parfois la litt\u00e9rature, lorsqu&rsquo;elle jubile dans la gratitude.<\/em><br><em>Extrait d\u2019un article de J\u00e9r\u00f4me Garcin.<\/em><br><br><br><br><\/figcaption><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[28],"tags":[],"class_list":["post-1221","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-les-poetes"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1221","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1221"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1221\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1273,"href":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1221\/revisions\/1273"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1221"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1221"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1221"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}