{"id":1218,"date":"2006-06-04T22:49:28","date_gmt":"2006-06-04T20:49:28","guid":{"rendered":"http:\/\/localhost:8888\/site\/?p=1218"},"modified":"2006-06-04T22:49:28","modified_gmt":"2006-06-04T20:49:28","slug":"adonis-le-charmeur-de-poussiere","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/2006\/06\/04\/adonis-le-charmeur-de-poussiere\/","title":{"rendered":"Adonis, le charmeur de poussi\u00e8re"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/localhost:8888\/site\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/adonis.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1219\"\/><figcaption>D\u00e9tours D&rsquo;\u00e9criture, Jacques Lacarri\u00e8re janvier 1992<br>Sur les terres o\u00f9 naquit Adonis, ces terres vou\u00e9es \u00e0 la mort des dieux et \u00e0 leur r\u00e9surrection dans le sang des fleurs et des humains, o\u00f9 histoire et \u00e9ternit\u00e9 font un \u00e9trange mais indissoluble m\u00e9nage, il y eut d&rsquo;abord le cri des anc\u00eatres et des proph\u00e8tes reconnus et revendiqu\u00e9s, ceux qui font partie de la tribu r\u00e9elle d&rsquo;Adonis, Hall\u00e2j, Ab\u00fb Nuw\u00e2s, Bashsh\u00e2r et puis les chemins du pr\u00e9sent o\u00f9 le po\u00e8te, l&rsquo;errant Mihyar \/ Adonis improvise ses pas et ses mots.<br>Cette terre, ce pays sont faits de br\u00fblures et d&rsquo;ombres, de villages poussi\u00e9reux et de fleuves impassibles et de milliers de silhouettes en attente, immobiles et d\u00e9soeuvr\u00e9es ou errantes et obstin\u00e9es, tous les laiss\u00e9s pour compte, tous les d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9s des terres pauvres. L\u00e0 est la v\u00e9ritable patrie d&rsquo;Adonis, dans ces visages \u00ab\u00a0qui se d\u00e9ss\u00e8chent sous les masques du chagrin\u00a0\u00bb, ces routes \u00ab\u00a0sur lesquelles il a oubli\u00e9 ses larmes\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0l&rsquo;enfant vendu pour prier et pour cirer les souliers\u00a0\u00bb. Alors, en cette patrie si mouvante, si charnelle, si pr\u00e9cieuse, en ce royaume infertile mais si charg\u00e9 de beaut\u00e9 profan\u00e9e, on comprend que les armes et les mots du po\u00e8te ne puissent \u00eatre faits de certitudes, de slogans, de r\u00e9f\u00e9rences ni de dogmes. L&rsquo;homme qui parle, murmure, chante, s&rsquo;inqui\u00e8te ou se r\u00e9volte dans le Chant de Mihyar le Damasc\u00e8ne (et cet \u00e9pith\u00e8te: Damasc\u00e8ne n&rsquo;est l\u00e0 peut-\u00eatre que par d\u00e9rision car la terre o\u00f9 l&rsquo;on meurt est bien plus essentielle que celle o\u00f9 l&rsquo;on est n\u00e9), cet homme est le contraire d&rsquo;un rhapsode, d&rsquo;un porte-parole ou d&rsquo;un charg\u00e9 de mission po\u00e9tique. Tout ce qu&rsquo;il est, tout ce qu&rsquo;il dit porte la trace de la poussi\u00e8re substantielle du monde, et du questionnement perp\u00e9tuel. Il inscrit ses paroles sur les chemins toujours improvis\u00e9s de la lumi\u00e8re, il est \u00ab\u00a0le chevalier d&rsquo;\u00e9tranges paroles\u00a0\u00bb, l&rsquo;errant \u00ab\u00a0qui a pour seule patrie l&rsquo;incertitude\u00a0\u00bb, l&rsquo;homme sans anc\u00eatres et sans lign\u00e9e dont \u00ab\u00a0les racines sont dans ses pas\u00a0\u00bb, celui qui est d\u00e9livr\u00e9 de l&rsquo;absurde mal\u00e9diction des fautes originelles mais qui porte en lui le fardeau du monde \u00e0 venir, du monde \u00e0 inventer par les pas et les mots. Parce que sa patrie demeure toujours inachev\u00e9e, il devient \u00ab\u00a0le semeur de doutes\u00a0\u00bb, un \u00ab\u00a0charmeur de poussi\u00e8re\u00a0\u00bb, le \u00ab\u00a0roi des vents\u00a0\u00bb, qui vit non pas dans la lumi\u00e8re assur\u00e9e du pr\u00e9sent mais \u00ab\u00a0dans le sein d&rsquo;un soleil \u00e0 venir\u00a0\u00bb, qui parle une langue \u00ab\u00a0qui est celle d&rsquo;un dieu \u00e0 venir\u00a0\u00bb, qui \u00ab\u00a0habite l&rsquo;horizon\u00a0\u00bb, et qui, pour arme, n&rsquo;a que l&rsquo;herbe. On comprend alors qu&rsquo;au coeur de ce pays qui se veut devenir perp\u00e9tuel, le refus soit l&rsquo;\u00e9vangile du po\u00e8te. De ce refus, qui porte autant sur l&rsquo;histoire et l&rsquo;ancestralit\u00e9 que sur les conventions ou les contraintes de la langue, le po\u00e8te tire la force et la substance de son oeuvre. si bien qu&rsquo;il construit \u00e0 mesure sa v\u00e9ritable identit\u00e9, nullement acquise une fois pour toutes mais toujours en \u00e9tat de gravidit\u00e9. Car l&rsquo;identit\u00e9, ce n&rsquo;est pas seulement ce qui a \u00e9t\u00e9 dit et donn\u00e9 mais ce qui n&rsquo;a pas encore \u00e9t\u00e9 dit et donn\u00e9, c&rsquo;est ce qu&rsquo;on a devant soi, non derri\u00e8re soi, c&rsquo;est \u00ab\u00a0ce qui para\u00eet toujours projet\u00e9 vers l&rsquo;avant, provenir du futur\u00a0\u00bb. Il faut \u00e0 mon sens beaucoup de courage pour \u00e9crire cela aujourd&rsquo;hui, en un temps o\u00f9 la recherche obstin\u00e9e de l&rsquo;identit\u00e9 se confond avec la revendication particuli\u00e8re du pass\u00e9, des racines. Le chemin d&rsquo;Adonis o\u00f9 il improvise ses pas tout en \u00e9difiant l&rsquo;identit\u00e9 future, a la force, la beaut\u00e9, et la hardiesse immacul\u00e9e d&rsquo;une v\u00e9rit\u00e9 virtuelle.<br>Le pays d&rsquo;Adonis est le plus vieux et le plus neuf qui soit. N&rsquo;oublions pas que la Syrie, l&rsquo;ancienne Ph\u00e9nicie, \u00e9tait la terre du ph\u00e9nix, l&rsquo;oiseau qui rena\u00eet de ses cendres et celle du dieu Adonis, le dieu qui rena\u00eet de son sang. Etrange terre, enclose entre la poussi\u00e8re et la r\u00e9surrection, o\u00f9 se dessine le royaume ingrav\u00e9 qu&rsquo;habite d\u00e9j\u00e0 le Damasc\u00e8ne. Ce pays est, dans les deux sens de ce mot, le pr\u00e9sent majeur du po\u00e8te \u00e0 ses contemporains. A ce qu&rsquo;un des amis libanais d&rsquo;Adonis, le po\u00e8te Georges Sch\u00e9had\u00e9 appelait, d&rsquo;une image si forte, \u00ab\u00a0la poussi\u00e8re savoureuse des hommes\u00a0\u00bb.<br>Jacques Lacarri\u00e8re \/ D\u00e9tours D&rsquo;\u00e9criture, janvier 1992<br><br><br><br><\/figcaption><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[28],"tags":[],"class_list":["post-1218","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-les-poetes"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1218","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1218"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1218\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1218"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1218"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cheminsfaisant.org\/site\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1218"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}